

Antoine Rigot : Montagnes russes
Le concepteur et metteur en scène Antoine Rigot débarque de France avec sept fildeféristes et trois musiciens pour nous présenter Le Fil sous la neige, un spectacle qui parle des aléas de la vie avec tendresse, humour et émotion.
Fabienne Cabado
Photo : Camille Sauvage
Quand il a rencontré Agathe Olivier, Antoine Rigot était un acrobate spécialisé dans les cascades burlesques. L’amour aidant, il est devenu fildefériste et l’a rejointe dans les airs. Les 20 années suivantes, ils ont mené une belle carrière, remportant une médaille d’argent au Festival mondial du cirque de demain, rappliquant au Québec pour soutenir les débuts du Cirque du Soleil, multipliant les expériences avant de fonder Les Colporteurs en 1996 et de faire voyager avec succès une première création. Mais voilà qu’en 2000, Rigot fait une mauvaise chute lors d’un entraînement improvisé sur une plage et se retrouve dans un fauteuil roulant.
"À un moment donné, une jeune fildefériste m’a un peu bousculé en me disant que si je ne pouvais pas remonter, il fallait absolument que je transmette, explique-t-il depuis le chapiteau de la compagnie posé à Helsinki. Comme j’étais autodidacte, c’était un peu compliqué, mais tout est dans la tête, et ça s’est décoincé. Et c’est en présentant le travail d’un premier stage qu’on a organisé que j’ai réalisé que je pouvais effectivement faire quelque chose de l’extérieur et que c’était même plus intéressant parce que je pouvais profiter des tas de qualités des uns et des autres et les mettre en scène."
L’idée d’un spectacle entièrement axé sur l’art du fil remonte alors des oubliettes où elle a été reléguée après l’accident. Et certains producteurs ont beau lui dire qu’un tel spectacle peut être d’un ennui mortel, Rigot persévère, convaincu de la magie que peuvent dégager des funambules en action. "Ce qui est extraordinaire avec le fil, c’est que c’est tellement fragile et particulier à gérer, que ça demande aux gens d’être complètement là et que ça les révèle même dans un déplacement très lent, argumente-t-il. Au début du spectacle, je leur fais faire une petite figure très douce tous ensemble et c’est fou de voir sept personnalités complètement différentes."
Disposés à des hauteurs différentes, sept câbles traversent l’espace scénique comme autant de chemins de vie que les acrobates sillonnent de toutes sortes de manières, passant de l’un à l’autre comme on passe d’une tranche de vie à une autre. Parfois, tout en douceur. Parfois, de manière plus abrupte. Dans Le Fil sous la neige, créé en 2006, c’est à sa propre histoire que le metteur en scène fait référence. Mais celle-ci est esquissée plus qu’elle n’est racontée. Soutenues par la présence de trois musiciens, les images se succèdent, juste assez évocatrices pour que chacun trouve un moyen de s’y raccrocher et de tisser une histoire à partir de ses propres référents.
Mais au-delà des situations qu’on évoque, que ressent-on quand on est dans les airs? "Le fil étant normalement un art très solitaire, le fait de partager l’espace, d’avoir plein de fils et de courir partout crée une énergie particulière très stimulante pour tout le monde, explique Rigot. Quant à la sensation d’équilibre, comme le dit Sanja, une fille du groupe, c’est un peu comme un secret que chacun porte en soi. C’est-à-dire qu’on a chacun des sensations particulières qu’on exprime tous de manière différente."