Simon Boulerice : De l'ordre du fantasme
Scène

Simon Boulerice : De l’ordre du fantasme

Simon Boulerice frappe encore. Hyperactif et hyperproductif, le jeune auteur et metteur en scène investit le Bain Saint-Michel avec sa nouvelle pièce, Martine à la plage.

Le théâtre de Simon Boulerice est toujours fait d’improbables amalgames où règnent vies fantasmées, enfance solitaire et références à la culture pop. Martine à la plage, production de sa compagnie Abat-jour Théâtre, n’échappe pas à la règle. Dans une esthétique très années 50, vaguement inspirée de la célèbre série de livres "Martine" de Gilbert Delahaye et Marcel Marlier, une adolescente née le jour du référendum raté de 1995 vient raconter l’été de ses 14 ans.

Martine, comme plusieurs personnages de Boulerice, ne s’encombre pas trop des détails du réel et vit dans l’illusion, se rendant myope pour séduire son voisin optométriste, flirtant avec les fantômes de stars américaines oubliées et se passionnant pour la conduite automobile. La plaquette du jeu de Ouija et les panneaux visuels de l’optométriste se confondent dans son imaginaire débordant et dans les angles morts de ses lunettes, jusqu’à la plonger dans une tragicomédie amoureuse à l’issue incertaine. Un bordel joyeusement contrôlé. Boulerice le décrit comme le "carnet de naufrage d’une érotomane".

"C’est la première fois, dit-il, que j’écris sous l’impulsion d’un désir aussi dramaturgique que conceptuel. Tout ce qui, dans le texte, est relié au thème de la vision et au jeu de Ouija relève d’une volonté de travailler une forme plus visuelle, et j’ai écrit en pensant déjà à une mise en scène assez précise. C’est un show d’acétate, dans lequel on s’amuse avec un rétroprojecteur, et que j’ai certainement écrit de manière moins instinctive que d’habitude."

N’empêche, on y retrouve les mêmes motifs que dans plusieurs textes récents, comme Simon a toujours aimé danser, Qu’est-ce qui reste de Marie-Stella? ou encore Les Jérémiades, roman récemment paru aux Éditions Sémaphore. Partout dans cette oeuvre se profile le spectre de l’enfant ostracisé, à l’imaginaire fertile et aux rêves d’amour plus grand que nature. Avec Boulerice, on est toujours un peu dans l’autobiographie. Cette fois, cela dit, l’autodérision semble plus forte que l’autofiction; l’humour s’affirme plus fort que d’habitude et détrône le réflexe biographique de l’auteur.

"Je commence en effet à me sortir graduellement de mon enfance et de mes obsessions autobiographiques, dira Boulerice en riant. Surtout que comme ce texte a été écrit et pensé pour être joué par mon amie et collègue Sarah Berthiaume, j’ai mélangé nos deux univers et me suis beaucoup inspiré de nos cours de clown à l’école de théâtre. C’est le clown de Sarah que j’ai mis en scène. J’ai donc poussé la dimension humoristique plus loin. Martine est délibérément dans l’autodérision – ce personnage a quelque chose de pathétique mais elle a la capacité de transformer ses zones sombres en drôleries lumineuses. Elle a aussi beaucoup d’ironie. Beaucoup plus que la plupart des filles de 14 ans, car il me semble que l’ironie est une forme d’humour plus mature, associée à l’intelligence et l’âge adulte. J’avais envie de travailler ce décalage-là."