Bernard Lavoie / Extrémités : Une histoire de violence
Scène

Bernard Lavoie / Extrémités : Une histoire de violence

Bernard Lavoie, qui s’intéresse depuis longtemps au théâtre réaliste américain, signe la mise en scène d’Extrémités de William Mastrosimone. Quête de la vérité.

:Bernard Lavoie connaît Extrémités depuis l’époque de sa création (à Broadway, en 1982). Il étudiait alors en Californie, avec plusieurs professeurs membres de l’Actors Studio. À son retour, il s’est souvent servi de cette ouvre dans son propre enseignement, notamment lors d’un atelier, à la suite duquel les comédiens Martin Plouffe et Isabel Rancier lui ont proposé de la monter.

"J’aime beaucoup le fait que cette pièce montre à quel point on est mal équipé pour réagir quand quelqu’un vient décharger de la violence sur la quiétude de notre vie intime. Au fond, ce genre d’événement nous révèle à nous-mêmes, explique-t-il. Ce qui me fascine, ce n’est pas tant la violence du gars, quoiqu’elle puisse être très forte théâtralement parlant, mais surtout la manière dont chacune des femmes y réagit de façon souvent inadéquate."

Plus concrètement, Extrémités raconte l’histoire d’une victime de tentative de viol qui parvient à prendre le dessus sur son agresseur et de ses deux colocataires qui, à leur retour à la maison, doivent elles aussi composer avec la situation. "Même quand il est arrêté, il continue à manipuler les filles par la parole. Il s’agit vraiment du criminel habile, toujours capable de s’en sortir. Sauf que cette fois, il n’y arrive pas, et là, ça devient intéressant."

Autant dire que le texte présente de grands défis d’interprétation. "La difficulté majeure est de ne pas jouer durement quelque chose de dur, de garder de l’humanité, précise-t-il. Pour Martin, qui incarne un vilain, comment parvenir à ce que les spectateurs sachent qu’il est dangereux, mais en même temps, le trouvent sympathique? Comment faire pour que, au maximum de leur volonté de vengeance, les filles ne deviennent pas laides, pour qu’on puisse encore les comprendre?"

Cela, afin d’atteindre à un maximum de réalisme, non en créant l’illusion du quotidien, mais en saisissant la vérité des rapports entre les personnages. Si bien que sa vision n’implique aucun renoncement à la théâtralité, au contraire. "Le décor n’est pas réaliste. Il n’y a qu’un fauteuil et une idée de foyer. Mais les gens voient l’appartement des filles grâce au jeu des acteurs, indique-t-il. Au début, tout est bien placé. Quand le gars arrive, on commence à créer du désordre, et plus ça avance, plus le lieu devient incohérent." Comme un écho à la déstructuration mentale des personnages…

Ultimement, l’idée est de faire en sorte que le spectateur se dise: "Je pourrais être aussi violent que le gars et réagir aussi mal que les filles", illustre le metteur en scène. Ce qui semble avoir bien fonctionné lors de la présentation du spectacle à Montréal, en janvier dernier. "Les gens s’identifient beaucoup à ce qui se passe sur scène. Après, ils ont envie de parler, de comparer leur propre expérience avec ce qu’ils ont vu dans la pièce." De la catharsis à l’état pur, quoi.