

Guy Nantel : Le bonheur de Guy
En donnant dans un registre sociopolitique, il n’a pas choisi le chemin le plus facile en humour. Toutefois, on pense maintenant Guy Nantel quand il est temps de rire intelligemment!
Joël Martel
Avec Guy Nantel, oublions d’abord les costumes, les personnages éclatés et les numéros de danse. Dans La réforme Nantel, l’humoriste, qui se considère comme un philosophe qui aime faire rire, propose un spectacle à la facture visuelle sobre. Ouvrez grand vos méninges, car avec Guy Nantel, c’est à un feu roulant de réflexions sur notre monde que vous aurez droit: "J’ai beaucoup fait mes classes dans les bars et dans des shows corporatifs et là-dedans, c’est moins technique et plus rudimentaire, alors tu dois faire avec ce qu’il y a, tu n’arrêtes pas. D’ailleurs, je n’ai jamais compris pourquoi les humoristes qui ont la chance de jouer dans les théâtres se mettent à prendre des pauses, car de toute façon, on apprend tous notre métier dans le même genre de contextes."
Quand on connaît les sujets de prédilection de Guy Nantel, on l’imagine difficilement livrer un numéro à saveur politique devant des spectateurs arrosés. Toutefois, il est encore plus étrange de se figurer cet humoriste franc-tireur en train de s’adonner aux bonnes vieilles blagues de cul. Et pourtant… "À l’époque où je faisais des bars, j’en mettais un petit peu en bas de la ceinture pour aller chercher le monde au début. Après ça, je tombais graduellement dans le stock un peu plus politique et la transition se faisait bien. On pense souvent qu’il faut faire des jokes de cul dans les bars, mais c’est pas ça. Quand il y a 80 humoristes qui s’essaient à faire rire dans ce genre d’endroits, forcément, il y en a qui ont moins de talent que les autres. La façon la plus simple de rallier le public dans les bars quand tu n’as pas vraiment de bon matériel, c’est de faire des jokes de cul."
Si on considère que Nantel base une grande partie de son matériel sur les travers de notre société, on peut dire que celui-ci est, d’une certaine façon, dépendant des mauvaises nouvelles. "Je suis devenu connu grâce aux malheurs des autres. C’est vraiment le 11 septembre 2001 qui a changé quelque chose dans ma carrière. Pas longtemps après cet événement, j’ai fait un numéro là-dessus et les gens trouvaient ça très drôle. Devant la réaction du public, Juste pour rire, qui n’avait jamais voulu de moi, a alors décidé de m’inviter à un gala et mon numéro a eu un gros succès. C’est ça qui a décidément lancé mes affaires, alors on peut dire que le malheur des uns fait mon bonheur en quelque sorte."
À la différence de certains humoristes qui vont exploiter un filon jusqu’à l’épuisement, Guy Nantel insiste pour sa part sur les vertus de la modération. "Je ne ris pas systématiquement de n’importe quel drame qui arrive sur la terre. Je tiens à le faire à bon escient. Je ne passe pas tout mon temps à rire du dramatique. J’essaie d’articuler ça autour d’un propos qui est plus personnel aussi."
On serait tenté de le croire cynique, mais celui qui a fait la Course destination monde à une autre époque voit l’humanité d’un oeil relativement optimiste. "La conscience humaine est toujours en train de monter, mais ce sont des gouttes d’eau dans l’océan. Ça se fait sur des siècles et des millénaires. Des fois, on est un peu découragés et on se dit qu’il n’y a rien qui avance, mais on a vraiment évolué depuis l’homme des cavernes. Si on regarde l’humanité à l’échelle de son existence, peut-être qu’on est au millième de son parcours. On se voit toujours comme la fin de quelque chose, mais l’humanité est à son enfance ou à son adolescence."
On est bien curieux de voir à quoi elle ressemblera quand elle aura l’âge de sortir dans les bars.
À écouter si vous aimez /
Yvon Deschamps, Les Zapartistes