Mélanie Demers / Junkyard/Paradis : La vie est laide
Scène

Mélanie Demers / Junkyard/Paradis : La vie est laide

La chorégraphe Mélanie Demers applique une couche de vernis sur son style dérangeant et vient noircir sa signature. Un troisième tour de force chargé d’une bonne dose de maturité.

Pourquoi les roses poussent-elles sur le fumier? Junkyard/Paradis pose la question sans y répondre à travers une chorégraphie profondément troublante. Une mise en mouvement de toute la laideur du monde, atténuée par d’infimes parcelles de lumière. Une cohabitation entre l’horreur et le bonheur. Entre le paradis et, surtout, le dépotoir (junkyard en anglais).

Mélanie Demers refuse une fois de plus de fermer les yeux devant la réalité. À défaut de verser uniquement dans les envolées lyriques, dans le divertissement aussi esthétique qu’insipide, cette production est fidèle à l’attraction que la chorégraphe entretient pour les recoins les plus effrayants de l’âme humaine. Si certains artistes créent des spectacles pour apaiser leur public, Mélanie Demers fait exactement le contraire: elle le confronte à lui-même, à ses propres travers.

"Au départ, je voulais qu’il y ait autant de paradis que de junkyard dans ce spectacle-là, mais je n’ai pas trouvé assez de belles choses. Comment peux-tu faire autrement en voyant tout ce qu’on nous présente au téléjournal?" questionne la femme de danse d’un timbre plus assuré que rassurant, traduisant le calme au terme d’une longue démarche créative plombée par l’horreur.

Même dans la forme, Junkyard/Paradis se veut une oeuvre complexe, en phase avec le monde qu’elle représente. Côté scéno, les désordres humains deviennent objets perdus, dérisoires, des accessoires accumulés, éparpillés au sol. Quant à la chorégraphie, elle promet une cohabitation entre combat et sensualité, composée de moments plus dansés, bien sûr, mais aussi ponctuée par des glissades horizontales où le déséquilibre est chargé de sens.

Habituée à travailler pour et en duo, Mélanie Demers se met elle-même en danger en entraînant cette fois-ci plus de gens à créer avec elle, à apporter leur couleur: "On sous-estime tellement le travail des interprètes. Moi, je trouve important qu’ils apportent leurs idées. Après tout, ils ont chacun leurs forces, chacun leur background."

Angie Cheng, Brianna Lombardo, Nicolas Patry et Jacques Poulin-Denis ont ainsi développé leur propre partition, renforcée d’un état de symbiose parfait avec une chorégraphe qui laisse beaucoup de liberté à ses danseurs. Résultat? Chacun des interprètes défend la pièce comme si c’était la sienne. Et l’oeuvre, elle, est à l’image de la richesse de leurs différences – évidentes sur le plan physique – mais aussi au niveau culturel et émotif.

Junkyard/Paradis est une oeuvre hétéroclite qui va, non pas plus loin, mais plus profondément que ce que Mélanie a fait depuis qu’elle a fondé la compagnie Mayday. Voyage dans la psyché humaine, le récit chorégraphique est une affaire de conscience, de responsabilité. Il nous écrase le visage dans nos propres travers, dans les vidanges qu’on envoie habituellement polluer la vie des autres.

À voir si vous aimez /
Laïla Diallo, Boyzie Cekwana

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