Gradimir Pankov et Stephan Thoss : Oiseaux rares
Scène

Gradimir Pankov et Stephan Thoss : Oiseaux rares

Les Grands Ballets Canadiens de Montréal terminent leur saison avec un programme triple qui donne à découvrir deux chorégraphes allemands: Marco Goecke et Stephan Thoss.

Des six programmes que proposent annuellement Les Grands Ballets Canadiens de Montréal (GBCM), deux sont généralement consacrés à des créations plutôt qu’à des reprises. Cette année, l’Allemagne est à l’honneur avec les deux chorégraphes résidents du Ballet de Stuttgart. Christian Spuck a ouvert la saison avec le très théâtral Léonce et Léna, Marco Goecke aurait dû la clore avec une autre création. Mais sa santé fragile a reporté ce beau projet à 2013 et ce sont deux de ses oeuvres récentes qui nous sont présentées.

"Quand j’ai découvert le travail de Marco, j’ai eu un choc car je n’avais jamais rien vu de tel, s’exclame Gradimir Pankov, directeur artistique de la compagnie. J’ai parfois l’impression qu’il vient d’une autre planète: ses mouvements ne correspondent à aucune école." De fait, les quelques extraits visionnés sur le Web témoignent d’une contemporanéité qui propulse le ballet et l’ancre résolument dans le siècle nouveau. Réputé pour ses versions avant-gardistes et sombres des grands classiques, ce créateur trentenaire a notamment pour habitude de plonger ses danseurs dans la pénombre.

Au lever du rideau, un pas de deux créé sur des extraits de L’oiseau de feu d’Igor Stravinski nous donne un avant-goût de cette signature singulière, également caractérisée par une certaine rapidité d’exécution. Ensuite l’oeuvre pour huit danseurs Pierrot lunaire traduit les humeurs capricieuses du célèbre personnage de la commedia dell’arte, sur des poèmes parlés et chantés sur la musique d’Arnold Schönberg. "J’aime aller vers les goûts de notre public, mais je veux aussi aller de l’avant avec la compagnie, répond Pankov à la question de l’accueil potentiel de ces oeuvres par les abonnés des GBCM. Alors je fais ce pas en avant. Et comme je l’ai annoncé lors du lancement de la saison prochaine, j’ai donné beaucoup de bonbons, mais maintenant on passe à autre chose."

Searching for Home

Signée par Stephan Thoss sur une composition de Philip Glass, Searching for Home, oeuvre pour 16 danseurs, porte une dramaturgie puissante qui rappelle Mats Ek. Il faut dire que cet actuel directeur artistique du Ballet de Wiesbaden a baigné dès l’âge de 10 ans dans l’expressionnisme allemand autant que dans la danse classique. "Le propre de l’expressionnisme, c’est que chacun est libre de développer son propre style, commente le quadragénaire. Le mien reflète les émotions que porte la musique, qui est à la source de toutes mes créations, ou les images abstraites qu’elle évoque pour moi. Mon langage est toujours très énergique, mais mon style est très différent d’une pièce à l’autre."

"Son talent culmine dans celle-ci, affirme Pankov, il y a beaucoup de personnages extrêmement bien maîtrisés. En multipliant les mouvements simultanés, il nous oblige à faire des choix, mais tout est tellement clair qu’on peut regarder n’importe où sans être jamais perdu." Ces multiples personnages, ce sont les différents "moi" d’une protagoniste. Surgissant de toutes parts, ils s’imposent à elle comme autant de facettes ignorées de sa personnalité.

En somme, un programme qui s’annonce plus riche chorégraphiquement que ne le fut Léonce et Léna.