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Scène

Israel Galván : Danser sur les tombes

En 2007, lors du Festival TransAmériques, on a vu Israel Galván se faire torero et descendre dans l’arène pour y défier la mort. Il la regarde en pleine face dans El final de este estado de cosas, redux et l’invite à un fascinant corps à corps.

Il a eu beau rêver longtemps de devenir joueur de soccer, Israel Galván n’a pu échapper à son fabuleux destin de danseur et grand rénovateur du flamenco. Fils de bailaores et professeurs de flamenco, le Sévillan a passé son enfance dans les tablaos et fait sa première prestation publique à l’âge de quatre ans. "Ma vie ne ressemblait pas à celle des autres enfants et cela me plaisait, raconte-t-il, mais je ne voyais là qu’un jeu." Dans l’Espagne postfranquiste encore ultrareligieuse de ses jeunes années, la lecture quotidienne de la Bible en famille n’avait, elle, rien d’un jeu.

"Je trouvais l’Apocalypse de saint Jean particulièrement terrifiante, se remémore le danseur et chorégraphe. Bizarrement, je voyais un lien entre les lamentations de ces prophéties et celles des chanteurs de flamenco dans certains chants. Tôt ou tard, il fallait que je sorte ça de moi." Suer la peur de la mort. L’extirper par la danse de la moindre cellule où elle a pu s’incruster. Voilà le désir viscéral qui traverse El final de este estado de cosas, redux: la fin de cet état de choses, l’exorcisme ultime de la peur de tout ce qui peut ressembler à l’apocalypse – la finale du titre est d’ailleurs un clin d’oeil au film Apocalypse Now.

"C’est une vision très personnelle, très intérieure, que je relie aussi à l’actualité mondiale", explique le chorégraphe, initialement inspiré par une de ses élèves qui a filmé une danse en écho à un bombardement israélien au Liban. Outre cette vidéo et une séquence où, affublé de prothèses mammaires, il offre une métaphore de la putain rouge de Babylone tout en traitant des affres de la vieillesse, le trentenaire se défait de ses carcans dans une variation butô qui ramène à la dimension la plus sombre du flamenco, il joue avec des cercueils, danse une tarentelle italienne et s’engage dans un tonitruant dialogue avec un sol mobile qui claque sous l’effet des zapatéados. Le tout, alternativement entouré de musiciens de flamenco, de heavy métal et de jazz contemporain.

"Mes intentions ne paraissent pas clairement pour laisser le spectacle ouvert à l’interprétation", annonce Galván, qui explore de nouvelles avenues à chaque création et provoque toujours de salutaires chocs culturels. Un des spectacles les plus attendus du FTA 2011.

fta.qc.ca

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