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Scène

José Pliya : Vivre ensemble

L’homme de théâtre français d’origine béninoise José Pliya se fait passeur en mettant en scène un des grands discours politiques de l’histoire des États-Unis, De la race en Amérique, signé Barack Obama.

Le 18 mars 2008, José Pliya écoute, en direct de Philadelphie, le vibrant discours du sénateur Obama. Il s’agit d’une réponse aux accusations d’anti-américanisme lancées contre lui après que son pasteur eut tenu des propos radicaux. Pliya se sent vivement interpellé par la puissance politique et intellectuelle de ce discours rassembleur, mais aussi, comme il le réalisera à la lecture du texte publié sous le titre De la race en Amérique, par sa force poétique.

L’idée de le mettre en voix et de le présenter dans des lieux pas nécessairement liés au théâtre a germé, et les amis réunis pour l’entendre la toute première fois en Guadeloupe ont eu envie de rester et de discuter de cette question du vivre-ensemble, de cette possible réconciliation entre les races. Depuis, chaque représentation est suivie d’une discussion avec le public. Les réactions diffèrent selon le pays. "Il y a un pays où ce thème ne prend pas, les gens ne veulent pas en parler, c’est en France. Alors que partout ailleurs, à Ottawa, en Tunisie, au Bénin, aux États-Unis, au Liban et j’en passe, on a une vraie prise de parole des gens. Parfois, des choses douloureuses se disent."

Libérer la parole

Plus près de la performance que du théâtre, le discours est brièvement mis en contexte avant d’être livré par le comédien martiniquais Éric Delor. "Très vite, quand on a franchi ce premier cap officiel, on s’éloigne du modèle. La musicalité, la tonalité n’ont rien de l’arène politique ou d’un lyrisme à la Obama. On prend un parti dépouillé, on le fait comme un conte, sur une mélodie très douce. Le poétique s’engouffre à ce moment, et parce qu’il n’est pas fait comme un discours de propagande, le spectateur peut entendre le texte dans sa profondeur."

À Montréal, les deux premières discussions suivant les présentations accueilleront l’écrivain Dany Laferrière et le journaliste Richard Hétu. Puis, la tournée se poursuivra jusqu’en juin 2012, et fera une pause pendant la campagne présidentielle américaine, pour ne pas créer de confusion et qu’il n’y ait pas d’idée de propagande. "Quelle que soit l’issue de cette élection, on va le reprendre en 2013, parce qu’il y a encore beaucoup de demandes. On se rend compte qu’on est dans une société où les gens ont envie de parler."