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Scène

L’enclos de l’éléphant / Étienne Lepage : La logique de l’envahissement

L’enclos de l’éléphant d’Étienne Lepage constitue une oeuvre dramatique mature qui va jusqu’au bout de sa logique perverse.

Sa seule lecture publique, organisée par le Centre des auteurs dramatiques l’automne dernier, avait déjà représenté un moment de théâtre rare, porté par ces deux acteurs d’exception que sont Paul Ahmarani et Denis Gravereaux. Après une première version scénique présentée au dernier Festival TransAmériques, nous voici à nouveau invités à pénétrer dans cet enclos, sorte d’arène épurée où deux hommes se livrent un duel inégal et presque métaphysique.

Les fauteuils, disposés en cercle autour d’une aire de jeu où seule une chaise dispute la place aux acteurs, sont isolés les uns des autres par des cloisons. Chaque spectateur disparaît pour ses voisins, mais demeure bien visible, ainsi encadré comme en une boîte, pour le public assis face à lui. Si ce choix scénographique s’appuie sur des thématiques présentes dans le texte, comme la dissolution de la sphère privée et l’effet du regard de l’autre sur soi, il ne détourne pas fondamentalement notre regard de l’intense affrontement verbal et physique auquel se livrent les protagonistes.

La pièce de Lepage (auteur de Rouge gueule et de Kick) se déploie comme un jeu de chat et de souris à la fois précis dans sa mécanique, irréductible à la seule psychologie et ouvert à différentes lectures. Concentré sur le texte, Sylvain Bélanger se garde bien d’en fermer le sens, même si le directeur artistique du Théâtre du Grand Jour, qui tente d’engager les citoyens dans la discussion sur des sujets de société, paraît taraudé par une question: qui a intérêt à atteindre les gens dans leur intimité pour gratter leur insécurité? La réponse limpide que propose le dénouement de L’enclos de l’éléphant invite à une réflexion critique sur les sournois envahisseurs qui peuplent notre monde.

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