Michel Marc Bouchard / Tom à la ferme : Le chat et la souris
Scène

Michel Marc Bouchard / Tom à la ferme : Le chat et la souris

Michel Marc Bouchard se dit ravi que les rôles principaux de sa plus récente pièce, Tom à la ferme, aient été confiés à Steve Gagnon et Frédérick Bouffard. Question de charisme.

Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard a été créé à Montréal au printemps dernier après deux années d’écriture. Sur fond de deuil, de mensonge et d’homophobie, la pièce séduit et dérange par son caractère inquiétant, sa violence, son érotisme. "Ce spectacle laissait une empreinte, ce qui est essentiel en art, observe l’auteur des Feluettes et des Muses orphelines. En ce sens, je crois qu’il a fonctionné. Plusieurs personnes nous ont dit: "On n’avait jamais expérimenté la peur au théâtre, et ce soir, on l’a vécue.""

Car le texte nous garde sur la corde raide. À tout moment, on se demande avec appréhension où il va nous mener. "Le défi est de faire en sorte que les gens ne décrochent pas. Mais ça peut arriver. Ce n’est pas une pièce consensuelle."

Pour réussir à gagner le public, il faut des acteurs charismatiques. "J’étais aux anges quand j’ai su qui était de la distribution [Steve Gagnon dans le rôle de Tom, jeune citadin branché, et Frédérick Bouffard dans celui de Francis, mâle alpha du terroir], confie-t-il. À la lecture, j’ai trouvé que ça fonctionnait. Il y avait déjà une charge, un désir."

Il apprécie par ailleurs que la mise en scène soit assumée par Marie-Hélène Gendreau (qu’on a pu voir en Nina dans La mouette à la Bordée et qui a dirigé L’Ouest solitaire en 2007, notamment). "Toutes les questions qu’elle m’a posées étaient d’une grande pertinence, très justes, alors c’est rassurant."

Deuil volé

Avec Tom à la ferme, Michel Marc Bouchard souhaitait d’abord explorer une idée qui lui semblait riche et cruelle à la fois: le vol d’un deuil. "Un ami m’a raconté que les parents de son conjoint ne savaient rien de sa réalité, relate-t-il. Sa réaction a été de dire à son copain: "Si jamais il t’arrivait quelque chose, tu voles mon deuil." Il n’aurait pas droit à la peine, il devrait gérer le vaudeville, le mensonge."

Il a donc placé son héros dans la même situation. Après la mort de son conjoint, Tom fait la connaissance de sa belle-famille à la campagne. Il découvre alors que la mère de son amoureux ignore tout de sa relation avec son fils. Pire, Francis, le frère du défunt, le force à lui cacher la vérité sous peine de lourdes représailles.

Pourquoi reste-t-il? Comment peut-il se livrer à cette mascarade, endurer les coups de Francis, développer une attirance pour son bourreau? "Le mensonge est quelque chose de profondément proactif, dans le sens où il faut l’entretenir. C’est une façon de garder le mort vivant", remarque l’auteur.

"Aussi, le deuil amène une perte de repères, une perméabilité, ajoute-t-il. S’ensuit un transfert de fonctions, c’est-à-dire que, pour la mère, Tom devient le fils absent, pour Francis, il devient le frère absent et, pour Tom, Francis devient l’amant absent." Ce dernier s’est aussi révélé, pour l’auteur, une des belles surprises du "voyage" de l’écriture. "Francis n’était pas très important au début et il est devenu le personnage le plus fascinant de la pièce. C’est le mal. Il a cette relation étrange avec Tom parce qu’il a déjà commis un crime horrible dans le passé. En même temps, Tom le regarde et Francis n’a pas été regardé depuis très longtemps, ce qui est extrêmement troublant pour lui. Alors il devient un véritable coyote face à son lièvre préféré."

Alternant constamment entre caresses et coups, le récit met également en lumière le pouvoir d’attraction de la violence, "particulièrement manifeste à notre époque, note-t-il. Il y a une espèce d’avènement du sadomasochisme dans la représentation des relations sexuelles, dans les clips, dans la porno. Ça n’a jamais été aussi fort".

Les mots sur les os

Cela dit, son travail d’écriture a été marqué par "le souci de nommer le moins possible". Son texte se distingue aussi par des apartés atypiques, où se mêlent les pensées de Tom, des adresses au défunt et du discours direct. Pour illustrer l’effet produit, Michel Marc Bouchard évoque un croisement entre Le malentendu d’Albert Camus et un film de David Lynch.

"C’est un texte dans lequel j’ai beaucoup coupé pour toujours revenir à l’os. Il présente une espèce de zone de malentendu fascinante sur laquelle j’ai beaucoup travaillé. Je ne voulais pas entrer dans les explications. Les gens demeurent intrigués, se demandent où ça s’en va et, petit à petit, ils ont des réponses."

Jusqu’au dénouement-choc, fertile en nouvelles perspectives. À tel point que l’auteur a l’intention d’écrire une suite à sa pièce. Une première en carrière!

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