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Scène

Andreane Leclerc et Angela Laurier : Le corps du dialogue

Les contorsionnistes Andreane Leclerc et Angela Laurier transforment la technique circassienne en art du dialogue dans deux oeuvres aux esthétiques très différentes: Di(x)parue et J’aimerais pouvoir rire.

Formée à Montréal, Andreane Leclerc a tôt fait de remettre en question la dimension spectaculaire des disciplines circassiennes et de chercher à mettre de l’avant sa vision du monde. "La façon dont je vis mes organes influence ma relation au monde et ma vision des choses, affirme l’acrobate de 27 ans. Et depuis 2006, je m’intéresse à l’union entre le public et moi. Mon corps étant pour moi sans limites, je cherche à faire sentir aux spectateurs cette ouverture extrême face à la vie plutôt que de susciter l’impression que je fais des choses extraordinaires impossibles à reproduire."

Inspirée par un corps qu’elle conçoit vide, sans organes et en prise directe avec son environnement, Leclerc se laisse traverser par des images mentales pour entrer en dialogue avec le public dans Di(x)parue. Vu comme une simple frontière entre son monde intérieur et celui des spectateurs, son corps devient le réceptacle et l’expression d’une expérience commune vécue le temps d’un spectacle.

"J’explore une forme de mouvement pur pour amener les gens à vivre l’instant avec moi, explique-t-elle. Je les accueille et les laisse pénétrer en moi. Ils m’influencent. Il y a un jeu avec le public, je suis autant dans la salle que sur scène, et dans la première partie du spectacle, la vibe de la soirée dessine un chemin et donne une logique au mouvement."

Situant sa démarche à cheval sur expressionnisme et impressionnisme, Leclerc dit chercher la simplicité de l’être dans le moment présent et nous invite à un intrigant partage.

Pour Angela Laurier, qui a oeuvré au Cirque du Soleil dans les années 1980, la contorsion a été un exutoire avant de devenir un moyen d’exprimer la souffrance dans Déversoir, sorte de docu-spectacle où elle exorcisait le drame de son histoire familiale. Son corps y vrillait en écho aux images d’un père dépressif et d’un frère schizophrène, Dominique, qui partage encore la scène avec elle dans J’aimerais pouvoir rire.

"Ce spectacle est plus lumineux que le précédent, précise-t-elle. Il va plus vers un rappel de souvenirs d’enfance, vers une délivrance, et aussi plus vers la danse que la contorsion pure. Je traduis physiquement les propos de Dominique qui parle beaucoup de sa quête spirituelle, de ses visions, de ses hallucinations et des femmes."

Dans sa mise en scène, leur soeur, la comédienne Lucie Laurier, use d’ombres chinoises, de vidéos-souvenirs et autres projections pour témoigner d’une réalité fantasmatique et de la relation forte unissant Angela et Dominique qui impose au spectacle son rythme et son état du jour.

"J’ai appris à être dans un état de corps disponible pour traverser le spectacle avec lui, commente Laurier. J’ai une grammaire, un vocabulaire, mais je m’adapte aussi toujours à l’état du jour parce que c’est exigeant au niveau cardio et que je vais avoir 50 ans l’année prochaine. Au cirque, j’exécutais un numéro technique, c’était de l’exhibitionnisme. Maintenant, je suis dans des états de corps, des élans. Je me sens plus proche de l’animal, plus proche de l’instinctif, de l’enfance, des pulsions, du jeu."

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