Les enfants de la pleine lune : La vie au noir
Scène

Les enfants de la pleine lune : La vie au noir

À partir d’un fait divers scabreux, Emanuelle delle Piane a écrit Les enfants de la pleine lune, une fable terrifiante et symbolique sur l’inceste.

Emanuelle delle Piane a choisi de poétiser l’horreur en s’inspirant d’un drame familial des plus sordides. En 2008, un cas d’inceste est découvert en Autriche où un homme a séquestré sa fille durant 24 ans dans une cave insonorisée tout en la violant à répétition. De ces rapports incestueux sont nés sept enfants qui ont vécu en otages dans un espace de 60 mètres carrés. De cette ignoble affaire Fritzl, l’auteure italo-suisse a tiré une pièce allégorique créée pour la première fois par le Théâtre de l’Opsis à Montréal. Les jumeaux Maude et Jules sont séquestrés avec leur mère dans le sous-sol suggéré par un enclos creusé dans le plancher de la scène (très beaux décors d’Olivier Landreville). Des escaliers en bois s’élèvent jusqu’à une porte fermée d’où surgit le père, tantôt pour donner la maigre pitance à ses prisonniers, tantôt pour violer la mère, puis la fille. Ces enfants grandissent sans connaître le monde qui leur est révélé comme un poème par la mère. Leur survie passe par le pouvoir du récit et de l’imagination, un thème qui se déploie joliment sans être très original. Plus intéressant est ce choix d’adopter le point de vue des enfants confinés à l’ignorance, ce qui donne lieu à de troublants décalages, comme leur panique devant des fourmis tandis qu’ils subissent les atrocités d’un père tortionnaire qui prétend les protéger de la guerre qui sévit dehors, alors que leur vie sous verrous est en soi un terrible assaut.

Luce Pelletier suggère l’horreur plutôt que de la montrer dans une mise en scène soignée qui confère au cauchemar une atmosphère de conte et rend justice à la langue métaphorique de l’auteure. Le viol, évoqué subtilement par une étreinte du père qui éclipse ses victimes, donne le ton symbolique de cette fable lugubre qui débouche sur une conclusion désespérée. Les enfants s’affranchissent de leur servitude, mais à leur tour, ils usent de leur domination, prisonniers du cycle infernal de la violence. Incarnée par l’excellent duo de comédiens formé de Catherine Paquin-Béchard et Steve Gagnon, la relation des jumeaux émeut. Louise Cardinal joue avec justesse une mère résiliente, mais reste peu développée dans sa psychologie, à l’instar du père (Jacques L’Heureux) dont les accès de colère et de détresse cohabitent mal avec la froideur du monstre dont on ne sent pas assez la fêlure. L’auteure offre, certes, un point de vue intéressant sur la force de résistance émergeant du chaos, mais les personnages désincarnés restent ceux d’une fable au ton naïf et trop prudent pour traiter d’un sujet aussi lourd.

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