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Scène

José Navas : Décembre sous le signe de Navas

José Navas interprète le solo Villanelle en ouverture de S, oeuvre pour huit danseurs sur la musique de Satie. Une occasion de voir deux facettes de son travail.

Comme on l’a observé dans Portable Dances et dans Anatomies, présentées ces dernières années à La Rotonde, les oeuvres de groupe de José Navas sont tout en formalisme et en abstraction: lignes pures parfaitement dessinées dans l’espace, composition architecturale jouant sur la symétrie, la géométrie et l’unisson, mouvements et phrases chorégraphiques techniquement exigeants. Servie par huit danseurs virtuoses, S s’inscrit dans cette lignée.

"Une danse peut être abstraite, mais avoir une progression et une logique que l’on peut suivre, commente le chorégraphe d’origine vénézuélienne. Ainsi, la structure de S peut être comparée à la vie d’un corps humain qui naît, se développe, se complexifie et commence à perdre des choses pour redevenir presque un bébé avant de disparaître. On voit toute l’intelligence du corps humain et à la fin, c’est comme si les danseurs se déchiraient et que leur esprit sortait."

Créée en 2009 dans le silence le plus total, S est interprétée sur les Gymnopédies et les Gnossiennes d’Erik Satie, qui s’offrent comme un écho musical au ressac de mouvements répétés et insufflent une respiration sonore à ce que Navas décrit comme une "méditation en mouvement". Et s’il a choisi Satie, c’est que la structure des morceaux bâtis autour d’une phrase-thème renvoie à sa propre méthode de création qui consiste à demander aux danseurs de transformer plusieurs fois une phrase chorégraphique avant de l’adopter pour la scène.

"Ça se rapproche de la démarche de Merce Cunningham, qui cherchait un résultat qui ne ressemblait pas à ce qu’il pensait, mais à ce qu’il pouvait produire avec le potentiel autour de lui. Avec ce système, on épure la proposition de l’ego du chorégraphe pour n’en garder que l’essence à travers ce que les danseurs ont choisi. Ça enrichit beaucoup les potentiels d’interprétation. Et la distribution ayant changé en partie depuis la création, la gestuelle diffère parfois de ce qu’on a pu voir au début et j’ai réécrit des sections que je sentais faibles."

En revanche, c’est de la gestuelle 100% Navas qui nous est offerte en ouverture de soirée avec Villanelle. Écrit sur la musique de Vivaldi, ce solo aux résonnances plus lyriques a été créé en attribuant des mouvements aux mots du poème éponyme de Dylan Thomas. D’abord mis à l’épreuve du public en guise d’introduction à S, il ouvre depuis mai Personæ, nouveau spectacle solo que Navas présentera à Montréal en janvier prochain. "Ça fait longtemps que je n’ai plus dansé ce solo seul et je renoue pleinement avec le silence et la tranquillité qui le fonde. Je suis sûr qu’il va encore gagner en force."

Dix jours après les représentations au Grand Théâtre, le chorégraphe sera à l’honneur au cinéma Le Clap, où ORA prendra l’affiche avec Pina de Wim Wenders. Signé Philippe Baylaucq, ce court métrage montre les corps incandescents des danseurs de Compagnie Flak filmés en thermographie 3D. Une innovation cinématographique qui vient tout juste d’être classée au Canada’s Top Ten du Festival international du film de Toronto.

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