Sébastien Dodge : Jouer à la guerre
Scène

Sébastien Dodge : Jouer à la guerre

C’est la dernière et la plus drôle des pièces de sa trilogie qui sonde l’origine et l’emprise de la violence sur l’Homme. L’auteur et metteur en scène Sébastien Dodge s’aventure en terrain miné avec humour et… plutôt bien armé.

Il marche sur le mince fil qui sépare le cruel de l’humour. Ils sont peu nombreux à pouvoir jouer les équilibristes en cette zone risquée. Sébastien Dodge connaît assez bien l’histoire de la guerre pour s’y avancer et entraîner avec lui les spectateurs, dont certains ont vu Suprême Deluxe et La genèse de la rage, les deux précédentes oeuvres de son truculent triptyque.

Cette fois, avec La guerre, il explore les méandres de l’univers de Louis XIV, monarque despotique et complexe qui imposait un régime de terreur. "Il était en guerre pendant les deux tiers de son règne. Il était toujours en train de se battre, ça en devenait ridicule!" Le caractère absurde des barbaries du Roi-Soleil, Dodge le rehausse de clins d’oeil à la politique actuelle pour faire de cette nouvelle pièce une comédie burlesque où se côtoient notamment Mazarin, Anne d’Autriche, le prince de Condé, la princesse de Conti, Colbert, Louvois, Jean Talon et Mme de Maintenon.

Ces personnages peu banals rappellent nos contemporains au pouvoir, leurs agissements grotesques et peu subtils. De quoi faire sourire… "Cette monarchie absolue était basée sur un système de copinage et de relations d’influence. C’est super actuel, ça! On a juste à penser à la corruption, toujours aussi présente. La pièce est aussi une charge contre ça."

Sous la perruque de Louis XIV

Bien qu’il se soit permis quelques digressions, Dodge est resté assez fidèle à la vraie nature du roi sur lequel il jette un nouvel éclairage avec un oeil satirique à souhait. "On l’aborde comme le personnage d’un grand film d’époque et de guerre. Je mets en relief les mécanismes comiques d’êtres qui ne pensent qu’à assouvir leurs propres intérêts. Pareils tyrans existent encore, et moi ça me tue!"

Heureusement, l’acte de créer apaise sa frustration à l’égard de l’imbécilité humaine. Au-delà du côté salvateur de la création, l’auteur et metteur en scène, qui est aussi comédien, veut d’abord divertir. "La notion de divertissement est très importante au sein de notre compagnie de théâtre (de la Pacotille). On ne la perd pas de vue et c’est ce qui fait que La guerre n’est pas que contestation. C’est grotesque et on peut aussi en rire, n’est-ce pas?"