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La guerre : Louis la mitraille
Scène

La guerre : Louis la mitraille

Dans La guerre, Sébastien Dodge manie adroitement l’histoire de la monarchie française du 17e siècle pour dénoncer le sang qui tache les mains des hommes de pouvoir, de Louis XIV aux tyrans à cravate.

Après Suprême Deluxe (2008) et La genèse de la rage (2011), l’auteur et metteur en scène Sébastien Dodge clôt son triptyque avec fracas. Sa plume foisonnante s’est cette fois portée sur la famille royale de Louis XIV. Le règne qui s’échelonna sur 72 ans, dont 54 sous la gouverne du Roi-Soleil, cumule 34 années de guerre.

Avec verve et une ironie grinçante, en s’appuyant sur une recherche fouillée, le codirecteur du Théâtre de la Pacotille passe ces figures historiques au tordeur pour en exposer la mesquinerie, les relations incestueuses et leur impitoyable barbarie.

De la terre, des cheveux et du sang, véritable charnier, habillent l’arrière-scène. Les sujets de Sa Majesté apparaissent comme dans un pastiche de peinture d’époque, posant dans des accoutrements de fortune colorés et absurdes. Louis XIV (solide Yannick Chapdelaine à l’énorme perruque) succède à Louis XIII aux côtés d’Anne d’Autriche (excellente Suzanne Lantagne) et de Mazarin (Stéphane Jacques). À nouveau menacée par l’ennemi, la famille royale doit fuir. La princesse de Condé (époustouflante Myriam Fournier) et le prince de Conti (Jean-Sébastien Lavoie), qui forment un duo de guerriers vulgaires et sanguinaires, s’y opposent farouchement. Au fil des conseils royaux, Louis XIV n’ouvrira la bouche que pour cracher son amour de la guerre, comme un enfant gâté pourri dont c’est le jeu favori. Attaquer pour attaquer, châtier pour châtier, le sang coule à flots pour satisfaire la soif du roi à la mitraillette.

Ainsi défilent les guerres qui marquent les années au pouvoir du Grand Louis, racontées dans un truculent mélange de langage précieux et de québécois populaire. Des conseillers qu’on aurait souhaités plus développés interviennent: Colbert, Louvois, Jean Talon, incarnés habilement par Mathieu Gosselin et Simon Rousseau. Puis, madame de Maintenon tentera à coups de prières de raisonner le souverain qui triomphera de tout avec l’instauration de la monarchie absolue.

Le tableau final, sous forme de sombre épilogue, décroche les derniers rires avant d’installer un réel malaise par une virulente critique de l’immobilisme des uns face à l’opportunisme et aux jeux d’influence des autres. Un cercle vicieux dont l’humanité semble incapable de se libérer.

Avec son humour noir qui côtoie la violence, ses dialogues rythmés en escalade d’insultes, Dodge s’est forgé un style unique qu’il nous tarde de voir évoluer, non sans éclaboussures.

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