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Scène

Alexandre Fecteau / La date : Rencontres de tous les types

Dans La date, Alexandre Fecteau troque le théâtre documentaire pour l’autofiction, sans pour autant cesser de jouer avec les spectateurs. Menu surprise…

Après avoir exploré l’univers du covoiturage et des drag queens, l’auteur et metteur en scène Alexandre Fecteau nous convie à une soirée entre amis, où chacun relate ses rencontres amoureuses. "Avec Frédérique Bradet et Sophie Thibeault, on s’est rendu compte que les histoires de dates prennent beaucoup de place dans nos vies. C’est ce qu’on aime le plus raconter. Et ça implique une théâtralité: on se lève, on mime…" Autant dire qu’ils tenaient là un matériau de choix pour la scène.

Alors que L’étape et Changing Room exposaient des témoignages réels, La date s’appuie sur des anecdotes vécues qui, sans crier gare, versent dans la fiction. En guise de recherche, l’équipe de Nous sommes ici a organisé plusieurs soupers semblables à celui qu’elle s’apprête à présenter, afin de recueillir des histoires. Alexandre Fecteau et Maxime Robin (Iphigénie en auto), qui font aussi partie de la distribution, ont ensuite romancé le tout. De sorte que chaque comédien joue son propre rôle, tout en portant un personnage.

Le collectif demeure néanmoins fidèle à lui-même en ceci qu’il cherche toujours à créer une expérience forte pour le public. "On traite les gens comme des invités à une soirée, indique Alexandre Fecteau. La scène devient un grand loft, avec un salon, un bureau, une salle à manger, une cuisine. Certains spectateurs vont être assis dans le décor, d’autres dans une section cabaret, d’autres dans des gradins." Et, comme par le passé, l’assistance peut s’attendre à être mise à contribution…

Dans le vif de la création, les artistes ont cherché à comprendre pourquoi les histoires de rencontres fascinent autant. "Ce n’est pas facile d’entrer en relation. Tu te mets en jeu chaque fois et tu n’en ressors jamais indemne. Quand une personne relate ce qui lui est arrivé, tu sais qu’elle en a payé le prix, observe-t-il. On a réfléchi sur le besoin de partager, le soutien qu’on va chercher en parlant de ces expériences, et on en est venus à la conclusion qu’il s’agit d’un moment important, qui fait grandir."

Cela dit, plus qu’une enfilade de récits, le spectacle met en scène des personnages engagés dans une intrigue, soit un groupe de trentenaires hésitant à embrasser la vie adulte. Au cours de la soirée, une annonce les déstabilise. "Tout à coup, chacun se remet en question." S’ensuit un subterfuge provoqué par la jalousie. Du réalisme, le registre glisse vers plus de théâtralité (avec des flash-back, notamment). Surtout, les enjeux se précisent et l’émotion atteint son comble, sur fond tantôt de rire, tantôt de malaise.

"La date exprime notre point de vue sur notre génération, ce qu’on cherche et comment on vit l’amour, en voulant que le fun dure le plus longtemps possible. La pièce parle aussi de l’importance des histoires, qu’on raconte pour se définir, pour organiser ce qu’on a vécu." Plus, elle offre l’occasion de déboucher une bonne bouteille, car il s’agit d’un show "apportez votre vin", comme dans un party entre amis.