Anne Teresa De Keersmaeker : Le sacre du corps
Scène

Anne Teresa De Keersmaeker : Le sacre du corps

Revenant aux sources de l’expression corporelle, la grande dame de la danse contemporaine Anne Teresa De Keersmaeker présente au FTA des oeuvres célébrant le crépuscule (En atendant) et l’aube (Cesena).

Rituel du coucher et du lever du soleil. Le plus naturel des mouvements tracés par le grand astre, ponctuant le rythme du monde, a inspiré ces oeuvres où les corps embrassent la musique dans de savants entrelacs. Les pièces chorégraphiques pour instrumentistes et 8 danseurs (En atendant) ou 19 danseurs-chanteurs (Cesena) ont été écrites sur des musiques de l’ars subtilior, un chant religieux polyphonique du 14e siècle né à l’époque du grand schisme papal entre Rome et Avignon. "Je n’avais jamais travaillé avec une musique antérieure à Monteverdi, explique la chorégraphe flamande. Quand le directeur du Festival d’Avignon m’a demandé une création, j’ai cherché une musique liée à l’histoire de cette ville et au grand schisme de l’Occident s’étant produit au 14e siècle, et j’ai retrouvé cette musique qui me parlait beaucoup par sa grande complexité qui vise le maximum sur le plan de l’expression."

Réputée pour son langage sophistiqué, son écriture chorégraphique exigeante en symbiose avec la musique, la chorégraphe a cherché avec ce diptyque le potentiel maximal de l’instrument du corps. Deux flûtistes, une joueuse de vielle et une chanteuse partagent la scène avec les danseurs dans En atendant, tandis que pour Cesena, la chorégraphe a collaboré avec Björn Schmelzer, directeur musical de l’ensemble vocal graindelavoix, faisant chanter a cappella les danseurs et les chanteurs que le spectateur ne peut distinguer. "Il y a une très grande économie de moyens. Pour ce qui est des corps et de la lumière, les choses sont réduites à l’essentiel. Le corps porte le mouvement et la musique par la voix, dans sa forme la plus dépouillée mais aussi la plus intensive. Revisiter l’histoire de cette musique avec le corps, c’est aller à la recherche de la mémoire du corps qui est le plus proche de nous. Je crois qu’investir d’une façon aussi maximale le corps, la danse et la musique produite par le corps, sans autre instrument, c’est célébrer ce qu’il y a de plus humain pour nous."

Poésie et barbarie

Dans une géométrie raffinée de dissonances et de contrepoints, ces oeuvres pures et mystérieuses jouent entre classicisme et expression primitive, exprimant les aléas d’une époque déchirée par les conflits sanglants. "Cesena est une ville du nord de l’Italie où il y a eu un massacre au 14e siècle à la suite du conflit entre le nord de l’Italie et le pape, un acte de cruauté extrême. Tout le monde connaît l’histoire de Rome et d’Avignon, mais c’est dans des villes comme Cesena que ça se présentait réellement pour le peuple et les gens de cette époque. Dans l’extrême violence, la perte d’orientation, le chaos causé par la guerre de 100 ans et la peste, tous les fondements de la société médiévale se dissipaient."

Pour ressusciter ces temps barbares qui ne sont pas sans écho dans les bouleversements du monde actuel, De Keersmaeker a donc sollicité les jeux d’ombre et de lumière du soleil couchant et naissant. Bien qu’elles aient été créées en extérieur, les oeuvres ont surtout été présentées en salle. "Il est impossible d’imiter le soleil, explique la chorégraphe, mais le principe d’aller de la lumière à la noirceur et de l’obscurité à la lumière s’obtient de façon extrêmement simple. Je crois que la version en plein air était plus poétique et que la version à l’intérieur est plus théâtrale et dramatique." Chose certaine, la prodigieuse compagnie Rosas promet une expérience organique et mystique loin du bruit tapageur de notre siècle hyperactif.

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