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Daniel Brière / Leo : Au-delà des frontières
Scène

Daniel Brière / Leo : Au-delà des frontières

Après une tournée internationale et une première québécoise au Carrefour Théâtre, le solo Leo, mis en scène par Daniel Brière et interprété par l’Allemand Tobias Wegner, arrive à Montréal complètement cirque.

Objet artistique singulier, Leo se joue des frontières. Il allie "écriture dramaturgique silencieuse" et prouesses physiques, dans une production de la compagnie allemande Circle of Eleven mise en scène par Daniel Brière, directeur artistique du Nouveau Théâtre expérimental.

Élaboré en équipe à partir d’une idée de l’interprète et acrobate Tobias Wegner, Leo présente un homme évoluant seul dans une petite pièce et filmé par une caméra à 90 degrés; l’image est projetée sur un écran, à côté de lui. Ainsi, Leo est vu dans deux univers: d’un côté, la réalité; de l’autre, un monde où il semble défier les lois de la gravité. "Au départ, tout lui semble normal, explique Daniel Brière. Puis, son univers bascule: tout à coup, la gravité s’inverse. Et là, il commence à découvrir ce monde, à explorer ses possibilités. Les spectateurs sont rapidement complices du jeu: c’est assez amusant. De cette idée est né un spectacle hybride: un spectacle avec une écriture silencieuse qui, par sa forme, touche au théâtre, et par la performance, se rapproche du cirque. C’est un objet étrange, un spectacle poétique, drôle, qui suscite une forme d’émerveillement, et qui comporte une certaine profondeur. Ça parle aussi de solitude: Leo est seul, dans une boîte… La boîte, c’est un peu son enfermement à lui. On a tous du mal à vivre avec la solitude. Et une des belles façons de s’en sortir, c’est la créativité, les possibilités qui surgissent quand on ouvre une porte et qu’on plonge dans l’imaginaire."

La rencontre entre ces deux artistes de disciplines et de pays différents tient un peu du hasard. "Le directeur de Circle était à Montréal et il cherchait un metteur en scène. Il est venu me voir travailler en répétition: ça a cliqué. Les Allemands sont très impressionnés par le souffle de fraîcheur que le Québec apporte au cirque, mêlant théâtre, danse et plusieurs formes d’art. Ça les intéresse beaucoup."

Dès que Daniel Brière assiste au numéro de cinq minutes imaginé par Tobias Wegner – la base du spectacle -, il est séduit. "C’était très différent de ce qui se fait habituellement dans les numéros de cirque. En voyant ce gars-là qui était seul dans une boîte, je me suis dit: "Mais c’est quoi ce zigoto-là? Qu’est-ce qu’il fait là? Quelle drôle d’idée!" Les artistes de cirque sont en général très show-off, alors que lui était tout tranquille, sans musique, dans le silence complet, dans une petite boîte. Je trouvais l’idée originale; j’étais intrigué, curieux, et l’interprète me semblait très charismatique. Ça a cliqué avec lui aussi: on a un peu le même imaginaire, le même humour. À partir de ce numéro, on a commencé à écrire l’histoire petit à petit; puis, on l’a mise en scène, on l’a divisée en tableaux, et chaque tableau a sa couleur. Il y a une courbe dramatique, mais la narration se fait en silence. Pour moi qui viens du théâtre, où on travaille beaucoup avec les mots, c’est un défi de travailler ainsi. On s’exprime par le corps, par les émotions, et par différents moyens, sonores ou visuels. Mais toujours de façon très simple, très pure."

Le spectacle, créé l’an dernier au Fringe Festival d’Édimbourg, a suscité l’enthousiasme et remporté plusieurs prix. Depuis, Leo a fait une large tournée: Allemagne, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Zimbabwe, Pologne. "Ils ont aussi été à Téhéran. La réaction du public a été surprenante, semble-t-il. C’est sûr qu’un homme seul, enfermé dans une boîte, qui cherche à sortir de lui-même ou d’un lieu clos, ça n’a pas la même signification en Iran que pour nous. Pour des Africains, ça veut dire autre chose; pour des Nord-Américains, c’est pas la même chose non plus. C’est ça qui est intéressant: le spectacle est accessible parce que Tobias ne parle pas, mais ce qui en ressort, la symbolique ou la force de la fable, est perçu différemment d’un pays à l’autre." La suite? Amérique du Sud, Australie. Et bien sûr: le Québec.

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