Luce Pelletier / La coopérative du cochon : Fables romaines
Scène

Luce Pelletier / La coopérative du cochon : Fables romaines

À partir des récits de guerre de l’Italien Ascanio Celestini, Luce Pelletier a créé une pièce pour cinq acteurs, La coopérative du cochon, où le souvenir devient prétexte à la  fabulation.

Pour sa troisième et dernière année du Cycle italien, le Théâtre de l’Opsis a choisi un texte d’Ascanio Celestini, un auteur italien engagé et très actif, fasciné par les techniques du récit oral et interprète de ses propres pièces, principalement des monologues, comme ce texte, d’abord intitulé Histoires d’un idiot de guerre et étoffé sous la forme d’un roman. La Seconde Guerre mondiale y est racontée par une courtepointe de témoignages personnels, que Luce Pelletier a transposée dans une pièce pour cinq acteurs, sous le titre La coopérative du cochon. "La base de ce monologue est vraie, explique-t-elle. L’auteur raconte une histoire que son père lui racontait quand il était petit, qui se déroule le jour où Rome a été libérée par les Américains, le 4 juin 1944. Son grand-père et son père se sont fait offrir un cochon vivant et se sont mis à chercher des gens pour payer le cochon avec eux. Les gens ont fini par accepter et par raconter quelque chose de leur guerre. On se retrouve avec des histoires de guerre de tout le monde qui se recoupent un peu."

L’auteur s’est permis de s’échapper de ce texte d’inspiration autobiographique, faisant parler les mouches et glisser le documentaire vers la fable fantastique. Pelletier a aussi osé des libertés, transformant le monologue en un texte à cinq voix où chacun relaie la narration et raconte à sa manière le quotidien de la guerre (les bombardements, la résistance, l’entraide). "C’est un récit gigogne. On ouvre une histoire et il y en a une autre qui apparaît et recoupe la précédente. J’ai imaginé cinq personnages dans un salon mortuaire qui enterrent leur père et se rappellent l’héritage oral qu’il leur a laissé, à savoir cette histoire de cochon offert par les Allemands au jour de la libération. Ils se servent des chapeaux et des manteaux qu’ils trouvent pour se transformer. C’est un théâtre d’acteurs qui retrouvent le plaisir de raconter, de prendre la parole, de jouer, au sens premier du terme, comme quand on est petit."

Hommage à la parole et à la transmission d’une mémoire collective, la pièce s’inscrit dans le courant du "théâtre-récit", fort répandu en Italie et dont Ascanio Celestini est une figure majeure. Motivé par un désir de réappropriation de l’histoire, ce genre se trouve au croisement du documentaire et du conte. "En Italie, les gens font un travail de mémoire pour que les jeunes générations n’oublient pas. C’est souvent sous forme de monologue, mais ce n’est pas du tout didactique. Ici, l’auteur part dans toutes les directions et ce n’est pas toujours réaliste. Ça me rejoint beaucoup." Entourée de cinq acteurs avec qui elle est habituée de travailler (Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Martin Héroux, Olivier Morin, France Parent), Pelletier promet une pièce qui commence lentement et disjoncte complètement, bascule dans la folie et s’affranchit de toutes les règles. L’Histoire entre par la grande porte du théâtre.

Du 9 octobre au 4 novembre
Au Théâtre Prospero

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