Jean Stéphane Roy / Albertine en cinq temps : Roy et Tremblay en deux temps
Scène

Jean Stéphane Roy / Albertine en cinq temps : Roy et Tremblay en deux temps

Après Molière, Gélinas et Dubé, c’est au tour de Tremblay d’inspirer le metteur en scène Jean Stéphane Roy ainsi qu’une phase du Projet sur 5 ans que manoeuvrent conjointement le Théâtre la Catapulte et le Théâtre français de Toronto.

En 2009 a débuté le Projet sur 5 ans, dont l’objectif était de livrer aux communautés ontariennes, autant celles situées à l’intérieur des grands centres que celles se trouvant dans des régions plus isolées, cinq oeuvres incontournables de la dramaturgie francophone. Cette année, le metteur en scène Jean Stéphane Roy s’attaque à Albertine en cinq temps, une des pièces les plus acclamées du répertoire de Michel Tremblay.

C’est d’un point de vue inédit que Roy a abordé la pièce qui, à l’image du Projet sur 5 ans, propose un dialogue intergénérationnel. Il explique: "Nous avons produit une véritable relecture. C’était ma façon de m’accaparer la pièce, de la raconter avec une voix qui m’est propre." Au lieu de présenter une Albertine qui, à 70 ans, revisite son passé à la recherche d’une certaine paix intérieure, cette nouvelle mouture se concentre sur Albertine à 30 ans. Autrefois rétrospective, la pièce devient, chez Roy, une vision d’avenir.

Roy, qui possède une grande maîtrise de la mythologie de Tremblay, avait remarqué que, dans les Chroniques du Plateau-Mont-Royal, on attribuait à Albertine un pouvoir d’imagination malheureusement refoulé au plus profond d’elle-même. "À 30 ans, Albertine vit une profonde détresse et se retrouve à la campagne. J’ai pensé que ce serait un contexte idéal pour qu’elle se tourne vers l’avenir et se demande si sa vie demeurera si éprouvante. En ce sens, c’est une relecture remplie d’espoir, ce qui cadre bien, à mon avis, avec la mission du théâtre", décrit Roy.

Retrouvailles

Dans sa jeune vingtaine, alors qu’il était fraîchement diplômé de l’option théâtre du Collège Lionel-Groulx, Roy a travaillé au café montréalais Les Gâteries, que plusieurs artistes, dont le poète Gaston Miron, fréquentaient assidûment. Tremblay, qui venait de déménager autour du carré Saint-Louis, a pris l’habitude de s’y rendre chaque matin pour déjeuner. "Il s’asseyait au comptoir, où j’étais posté. Au fil des mois, nos conversations sont devenues plus intimes. Puis, après deux ou trois ans, je lui ai annoncé que je partais. Il m’a alors offert un exemplaire dédicacé du dernier volet des Chroniques, mais pas n’importe quel exemplaire: le premier à être sorti des presses", se remémore Roy.

Quand le projet de mettre en scène Albertine s’est concrétisé par l’acquisition des droits, Roy a tenu à contacter Tremblay, qui lui a non seulement donné sa bénédiction, mais qui – fait rarissime – a également insisté pour être présent à la première. Roy affirme: "Ça me touche énormément. Évidemment, il y a une certaine pression liée au fait que je ne veux pas le décevoir, mais c’est une excitation très productive. Je ne monte pas la pièce exclusivement pour lui, mais c’est un pôle dans ma démarche."

Lumière sur la distribution

Si les répétitions progressaient à un bon rythme lorsque Voir a contacté Roy, ce dernier a, selon ses dires, originellement senti une certaine paralysie. "D’abord, je n’avais aucune distance émotive, la pièce étant trop collée à l’univers de la famille de ma mère. Ensuite, j’ai commencé le métier à Montréal, où seulement une certaine élite ose se mesurer au répertoire de Tremblay."

Roy a sélectionné ses cinq Albertine (Mélanie Beauchamp, Céleste Dubé, Patricia Marceau, Lyne Tremblay, Marie-Hélène Fontaine) non pas sur la base d’une quelconque ressemblance physique, mais plutôt en fonction de leur capacité à exprimer les émotions que vit le personnage à différentes époques. "La gestuelle et la prononciation viennent ensuite établir un pont entre les décennies. La scénographie a un effet comparable, la scène étant éclairée à l’ampoule, le seul objet technologique qui a traversé les époques représentées. Ces ampoules jettent une lumière très crue sur les situations que vit Albertine, ce qui sert la belle et dure vérité de l’oeuvre de Tremblay."

Du 24 au 27 octobre
À La Nouvelle Scène