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Scène

Kevin McCoy / Le projet Laramie : La haine

Docu-théâtre devenu objet de culte et outil de prévention, Le projet Laramie est une plongée au coeur d’une Amérique fiévreuse, attaquée en son sein par le virus d’une violence qu’elle porte dans son code génétique.

Dans la nuit du 6 au 7 octobre 1998, le jeune Matthew Wayne Shepard est torturé puis battu par deux assaillants qui le laissent pour mort, ligoté à une clôture aux abords du village de Laramie, dans le Wyoming. Lorsque Shepard succombe à ses blessures, le 12, son dernier souffle pousse vers nous l’odeur pestilentielle d’une violence inexplicable que semble nourrir ce pays. Les médias du monde entier viennent alors ausculter une Amérique malade de sa haine, de son intolérance: le jour des funérailles de Shepard, ouvertement homosexuel, le pasteur baptiste Fred Phelps se rend sur place pour cracher son venin bigot, faisant vaciller notre foi en l’humanité: "God hates fags." Dieu déteste les gais.

Et tandis qu’on peine à trouver du sens devant l’absurdité de tels gestes, seulement cinq semaines après le meurtre sauvage, la troupe new-yorkaise du Tectonic Theater Project vient mesurer l’ampleur du séisme. Sur place, elle réalise des entrevues avec les différents acteurs du drame, amis, parents, famille et autres membres de cette petite communauté où s’opposent, entre autres, milieux universitaire et ouvrier.

"Ils ont voulu humaniser le débat", expose le comédien Kevin McCoy qui, avec une équipe considérable de comédiens – sous la direction de Gill Champagne – reprend le docu-théâtre Le projet Laramie, qui découlera des visites de la troupe sur les lieux du crime. Sur scène, les comédiens deviennent les habitants du village, et leur prêtent leurs voix afin qu’émergent enfin quelques pistes d’explication. "Parmi les personnages, certains posent le problème de la responsabilité, explique McCoy. Ces meurtriers sont très jeunes, ils appartiennent à une communauté, à un pays, à une culture qui tolère et encourage parfois la violence." Qui peut décider s’ils doivent porter seuls le poids de leur geste?

"Tu sais, je viens des États-Unis, et c’est un pays que je comprends toujours mal", poursuit le comédien, originaire de Chicago. "Mais quand j’ai lu la pièce, je m’y suis reconnu, j’ai aussi reconnu des gens que je connais. Les textes sont le mot à mot, la transcription des entrevues. Il y a un montage là-dedans, une mise en scène, du jeu, et c’est là que l’art entre en ligne de compte et qu’il vient manipuler le réel, mais ce qu’on présente est très fidèle à la réalité."

"Trop près du miroir, on ne peut pas voir notre image, illustre cependant le comédien. On fait de la buée qui masque tout." Et c’est ainsi que cette pièce montre les faits avec le recul nécessaire, permettant de découvrir à la fois la nature d’un discours sociétal qui alimente la haine et triture sans cesse les braises d’une violence qui semble faire partie du code génétique d’un pays. "Mais aussi, ajoute McCoy, que le monstre est partout autour de nous, qu’il est en nous, et parfois là où on le redoute le moins."

Du 6 novembre au 1er décembre
Au Trident

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