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Scène

Peter James / Parade d’états : Réenchanter le monde… peut-être

Loin du bruit, mais sous les projecteurs depuis 33 ans, Peter James poursuit un travail de résistant et offre sa lecture expressionniste d’une civilisation mourante avec une Parade d’états sous forme de tableaux vivants. 

Adepte de la création expérimentale loin des conventions, Peter James fraye avec le milieu de la danse contemporaine, le théâtre expérimental, la performance, le cirque, et crée des explorations scéniques qui travaillent sur la présence, le jeu expressif, le silence et le rien. Après l’apocalyptique Ze Psychotyk Happening Project, il propose un cabaret post-post-existentiel sur la condition humaine. «Ce sont des tableaux vivants avec parfois des mots, mais surtout des atmosphères et des climats, tantôt minimalistes, tantôt expressionnistes, explique l’artisan-chercheur qui aime les contrastes. C’est parfois gros, j’ai même une chorégraphie des visages, mais la présence est très réelle, petite, presque micromaliste.»

Le sous-titre, «être/paraître/disparaître», ne laisse rien présager d’optimiste. Il est question d’une époque de «last call/dernier service», de la fin de la condition humaine, non seulement d’un point de vue géo-politico-économico-écologico-anthropologique, mais aussi métaphysique. «Je parle de manipulation et de relation objet-sujet parce que présentement, on chosifie les personnes et personnifie les choses. C’est un des virus du néolibéralisme. Ils ont gagné. Maintenant, même dans les institutions d’État, c’est la performance et la compétition que l’on prône. Ça devient un monde de plus en plus kafkaïen et paranoïaque.»

À travers ce constat de fin du monde, Peter James parle aussi de sa propre finitude en tant qu’artiste de la marge entièrement dévoué à l’art expérimental. «Ça fait 33 ans que je suis en création pure et dure, à moitié visible, à moitié invisible. Les gens ne me connaissent pas et ça me permet de continuer à explorer, à risquer, à ne pas plaire à tout prix. Je me sens beaucoup plus proche des scientifiques. Comme eux, je fais des essais, et que ça plaise ou non, ça n’a pas d’importance.» James se dit attristé du peu de risques que prend le théâtre québécois. «À Montréal, le théâtre est très bourgeois, convenu et propre. Mais qui a dit que l’art devait être propre? La saleté, c’est beau et poétique!» lance-t-il, soulignant au passage le travail exemplaire du FTA pour nous amener ailleurs.

Sur un fond de crise de civilisation, sa Parade d’états a pourtant sa part de lumière et d’ironie, une certaine verticalité, défend-il. «Il y a de l’espoir dans le désespoir, des tableaux drolatiques et de l’ironie, et pour reprendre l’expression du philosophe Bernard Stiegler, je pense qu’on fait une tentative peut-être désespérée de réenchanter le monde, en sachant que ce n’est pas nous qui allons décider de tout ça.» Le metteur en scène revendique l’invisible et l’inconscient avec cette pièce qui convie une vingtaine d’interprètes et de figurants sur scène, et trouve des influences chez David Lynch. «Ça peut aussi faire penser à de longs travellings de Guy Maddin, ou même, sans prétention, de Tarkovski. On entre par une des portes de la psyché humaine. Ce n’est pas rationnel, ni logique, mais je trouve que l’inconscient est aussi important que le conscient.» Chose certaine, le spectateur sera libre de recevoir la pièce à sa guise, car si le spectacle commence à 19h30 dans le hall d’entrée, la porte du théâtre restera ensuite ouverte pour que personne ne soit pris en otage.

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