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Scène

Projet Harlequin : Tétralogie érotico-sentimentale

La danseuse Nancy Leduc a pris le risque d’inviter trois cinéastes et une femme de théâtre à chorégraphier de courtes formes à partir de romans à l’eau de rose. Riche en idées et divertissant, le résultat laisse pourtant les amateurs de danse sur leur faim.

Après s’être attaquée aux femmes fatales du cinéma dans Une femme virgule un homme, Nancy Leduc incarne quatre héroïnes des romans Harlequin qu’elle dévorait dans sa jeunesse, entourée de six danseurs chevronnés. Invitée du volet Traces-Interprètes de la compagnie Danse-Cité, elle a voulu entrer dans la danse autrement et développer une corporéité plus théâtrale.

La première œuvre, inspirée du roman Mara la cruelle et signée Evelyne de la Chenelière, joue sur le ralenti et le travail sonore pour étirer le temps et montrer la vie rêvée d’une femme, du premier désir au mariage idyllique. L’idée de faire danser Leduc avec un homme absent est bonne, mais sa gestuelle et la dynamique entre son solo et les mouvements du groupe sont plutôt convenues.

Travaillé par Mario CalvéDans l’antre du fauve met en exergue l’influence paternelle et la violence psychologique dans les relations amoureuses. Pour faire écho à la rigidité des codes narratifs dans la collection Harlequin, la bande sonore résume sommairement l’intrigue par le truchement d’une voix électronique. Et c’est là que les talents des danseurs Annik Hamel et Guillaume Chouinard, en trio efficace avec Leduc, sont le mieux exploités.

Dans La cascadeuse et le cowboyAlain Desrochers harnache son duo pour montrer comment l’instinct sexuel vient finalement à bout des résistances d’un bellâtre justement campé par Benoît Leduc. La proposition est intéressante, notamment pour l’image qu’elle donne de la dépendance affective en suspendant Nancy Leduc dans le vide, mais sa force se dilue dans quelques maladresses.

Dans Au grand galop d’une roulotte, Michel Lam se concentre sur l’idée de solitude des personnages et des lectrices, intégrant habilement des images de vieux films. Dany Desjardins, Mathilde Monnard et David Pressault y esquissent quelques trop rares pas.

Œuvre sympathique valorisée par les éclairages de Lucie Bazzo et les courtepointes de musiques et de sonorités enchevêtrées de Michel F. Côté, Projet Harlequin multiplie les regards sur les stéréotypes machistes de relations amoureuses que la collection Harlequin a contribué à ancrer dans l’imaginaire féminin. Et c’est là sa grande force. Pour satisfaire son appétit chorégraphique, il faudra voir ailleurs.

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