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Scène

Charme : Niveau de langue

Joëlle Bond signe un deuxième texte dont elle assure cette fois la mise en scène: Charme. Incursion dans le monde des cours de personnalité. 

1966. Line Ducharme s’inscrit à des cours de personnalité féminine dans l’espoir de transformer sa vie, ce qui aura des conséquences pour elle et pour les deux générations de femmes à venir. Texte récipiendaire de la bourse Première œuvre de Première ovation, Charme explore notre rapport à la beauté dans un Québec où le féminisme a «frappé fort», selon les mots de Joëlle Bond, qui signait en 2010 le texte du Cardigan de Gloria Esteban: «Je dis pas qu’il faut revenir au modèle féminin des années 60, c’est pas ça du tout. Il faut réfléchir. Avant, il y avait une espèce de carcan, de chemin tracé entre couvent ou mariage. Maintenant, on n’a plus de repères; on a tellement de choix que ce que je vois, autour de moi, c’est que ma génération a beaucoup de difficulté à choisir: les gars autant que les filles…»

Pour cette fresque féminine des années 40 à aujourd’hui, le plancher de Premier Acte sera recouvert d’un tapis rose criard, au milieu d’un décor rétro et ouvertement kitsch, dans ce qui se veut un «show de filles» tout dédié à la fête. Convaincue que c’est en riant qu’on réfléchit le mieux, faisant la part belle aux «gros punch lines» autant qu’aux paillettes et autres niaiseries, Joëlle Bond ne fait donc pas l’impasse sur la profondeur de la démarche, qu’on sent déjà à l’œuvre dans sa langue vive et sans fard, nourrie à une culture pop dont elle se réclame, convaincue. «Le théâtre, c’est un acte de communication: c’est ça qu’on oublie, des fois. C’est super qu’il y ait des gens qui écrivent pis qui aient une grande rectitude dans la langue… Mais moi, je suis pas Proust. J’ai grandi à Sainte-Foy, sur la rue Louisbourg, en mangeant des croquettes surgelées… je peux juste pas être cette personne-là!»

Un parti pris créatif autant que quotidien, aux antipodes d’une langue un peu laquée dans laquelle on peine parfois à se reconnaître, au théâtre. «C’est que des fois, je comprends pas des shows en québécois "soutenu", cette espèce de niveau de langue entre les deux… Tu finis par te dire: "Y a personne qui parle de même… personne!" C’est quand même capoté… On est, quoi, cinquante ans après Les belles-sœurs