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Scène

Les trois exils de Christian E. : Le mal du pays

Deux ans après l’avoir créé et promené partout au Canada, Christian Essiambre présente enfin son spectacle solo aux Montréalais. Dans Les trois exils de Christian E., l’Acadien dévoile l’étendue de son talent trop longtemps ignoré. 

Christian Essiambre a 16 ans lorsqu’il quitte sa famille et son village natal de McKendrick, dans le nord du Nouveau-Brunswick, pour un premier exil au Pays de la Sagouine, à Bouctouche. Sur la fantasmagorique Île-aux-Puces, il incarne Tom Pouce. Huit années plus tard, il entreprend un deuxième exil vers Montréal avec l’ambition de devenir une star. Dans un demi-sous-sol obscur, sans travail, il s’enlise une troisième fois dans le rôle du Québécois d’adoption. Jusqu’à ce que la disparition d’un de ses proches le pousse à retourner chez lui.

Du récit autobiographique linéaire, les coauteurs Christian Essiambre et Philippe Soldevila ont conservé quelques fragments brodés de fiction, racontés dans le désordre. Seul sur scène, Essiambre tisse une mosaïque où s’entremêlent les souvenirs et les personnages. Son amoureuse, ses parents, ses tantes et autres habitants des villages de son enfance constituent les héros de son histoire. Sans oublier les quatre cousins, nés de quatre sœurs en l’espace de sept jours. Ensemble, ils forment une meute d’inséparables.

À la manière d’un road trip rodé au quart de tour, Essiambre revient au bercail pour tenter d’élucider la disparition de l’un d’eux. Dans ce retour aux sources, il relie les points des territoires occupés qui forgent son identité. Par le fait même, il rouvre les blessures de celui qui a fui pour se reconstruire ailleurs. De quoi sommes-nous faits? Une question universelle à laquelle répond Essiambre à travers un drame familial personnel.

Philippe Soldevila a eu du flair en misant sur la biographie du charismatique jeune homme. Sa mise en scène minimaliste repose entièrement sur le jeu d’acteur et l’immense talent de conteur, aussi bien verbal que non verbal (mime, acrobatie) de son protégé. À peine trois sonneries de téléphone viennent troubler le récit truffé de moments drôles et touchants. Essiambre emprunte les accents des autres et revisite son propre patois pour faire entendre sa voix dans la francophonie. Après cette première création, elle ne pourra plus être ignorée. Christian E. s’est forgé une place. Dans la pierre, il a gravé son nom. 

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