Pascal Brullemans / Vipérine : Épopée rock
Scène

Pascal Brullemans / Vipérine : Épopée rock

À peine plus d’un an après la présentation de Beauté, chaleur et mort au Théâtre français du Centre national des Arts, Pascal Brullemans et Nini Bélanger surgissent avec une Vipérine destinée à un jeune public.

Beauté, chaleur et mort est de ces événements qui marquent. Dans un Studio du CNA baignant dans un silence étrangement aussi insupportable que rassurant, Pascal Brullemans et Nini Bélanger ont exposé, en décembre 2011, les détails du décès de leur première enfant. L’auteur de ces lignes se souvient d’être resté bouche bée devant pareil assaut émotif, abasourdi par le refus des créateurs de tremper leur appareil théâtral dans un grossier sentimentalisme. Vipérine, qui sera à l’affiche du 30 janvier au 3 février dans la même salle, revisite cette expérience dans une proposition formelle radicalement différente. Brullemans, qui a créé le texte que Bélanger met en scène, se penche sur sa «pièce à conviction».

Voir: À quel moment, dans le processus de création de Beauté, chaleur et mort, Vipérine est-elle apparue?

Pascal Brullemans: «Avant et après! Nini a reçu une carte blanche du Théâtre La Chapelle, à Montréal, qui concordait avec le dixième anniversaire de la mort de Fée, notre première enfant. Elle a alors réfléchi à ce qui allait devenir Beauté, chaleur et mort. Quand elle s’est sentie prête à partager son idée avec moi, j’ai immédiatement refusé. Il était hors de question que je plonge dans cette matière ou que je l’interprète sur scène. Puis, je suis parti en France pour une résidence. J’avais un projet complètement différent en tête, mais c’est le texte de Vipérine que j’ai pondu. De retour au Québec, j’ai informé Nini de mon idée et j’ai accepté de concrétiser la sienne. Ceux qui ont vu Beauté, chaleur et mort reconnaîtront des concordances entre les deux objets scéniques, mais Vipérine se distingue par son ton humoristique et son univers fantastique.»

Le personnage de Vipérine, âgé de dix ans lors des événements qui composent la pièce, part à la recherche de sa sœur aînée, décédée à l’âge de neuf ans. Alors qu’elle amorce son périple, lequel la mènera dans un sombre royaume, elle lance: «C’est pas une idée, c’est une mission!» Votre théâtre, qui affronte d’intimidants tabous, est-il le fruit d’une idée ou d’une mission?

«Puisque Vipérine vise un public âgé de plus de huit ans, je constate l’impératif d’intégrer des éléments qui fassent en sorte que les enfants passent un bon moment. L’esthétique décalée à la Tim Burton de Vipérine répond à ce besoin. Cependant, peu importe le public auquel je m’adresse, je désire que les pièces que Nini et moi créons posent des questions. Vipérine transporte des questions sociales: dans un contexte où les rituels religieux s’effacent, comment dois-je expliquer la mort ou une mort à mes enfants? Qu’est-ce qu’on fait de la métaphysique? Comment guérit-on?»

Sentez-vous que Bélanger et vous portez sur vos épaules une responsabilité?

«Ce dont je suis certain, c’est que je ne veux pas donner de leçons. Le cinéma, à travers le montage et les plans, contrôle le spectateur, se faisant souvent manichéen. Au théâtre, on ne peut pas imposer la vérité. On ne peut qu’offrir un plateau duquel il est possible de sélectionner. Notre responsabilité, il me semble, consiste à énoncer des interrogations.»

Quelles réactions avez-vous observées lors des premières représentations?

«Il se passe quelque chose de très troublant. Les adultes ont tendance à s’accrocher au personnage du père de Vipérine et à ressentir ses angoisses. Les enfants, eux, suivent Vipérine et vivent son périple comme un show rock! Les enfants prennent plaisir à avoir peur dans le contexte où on les transporte.» 

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