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Scène

Daniel Meilleur / 40e anniversaire du théâtre Les Deux Mondes : La mémoire qui tourne

Depuis 40 ans, elle promène ses spectacles jeunesse et grand public partout dans le monde. La compagnie Les Deux Mondes a les valises pleines d’images et de souvenirs marquants. Le codirecteur Daniel Meilleur a fait partie des allées et venues.

En 40 ans, le passeport de la troupe Les Deux Mondes a été estampillé dans 351 villes de 35 pays. «On a fait des périples fantastiques, participé à de grands festivals, reçu des prix. On s’est parfois fait ramasser par la critique, relate Daniel Meilleur, codirecteur artistique des Deux Mondes. Un tel parcours incite à positionner constamment le rôle de l’artiste dans la Cité.»

Fondée en 1973, la compagnie (autrefois La Marmaille) s’inscrit dans la mouvance de plusieurs compagnies théâtrales nées dans les années 1970. Pour se distinguer, elle se penche sur le théâtre jeune public, alors «déconnecté et convenu».

Le spectacle Cé tellement «cute» des enfants (1975) de Marie-Francine Hébert, basé sur des ateliers d’écriture avec des préadolescents, crée une onde de choc. «On voulait casser la baraque. Ça ne s’était jamais vu sur scène, une vie de famille avec des enfants vivant des difficultés.» Ce regard neuf sur le jeune public se prolonge notamment avec Terre promise / Terra promessa (1989) et L’histoire de l’oie (1991) sur le thème de la violence. Pour chaque spectacle, tous les artisans participent de plain-pied au processus de création souvent étalé sur plusieurs années.

Leur approche fait école. En l’espace de quelques décennies, le théâtre jeune public sort de son carcan édulcoré pour aller vers une pratique aux formes et esthétiques variées. «Dire qu’à l’époque, on jouait dans les gymnases. Le théâtre est aujourd’hui horriblement effervescent. Or, le manque de ressources est cruel et désespérant», se désole Meilleur, qui côtoie la jeune génération au quotidien; en 2011, Les Deux Mondes accueillait sous son toit les six compagnies résidentes qui forment le Théâtre Aux Écuries.

«Je les trouve allumés, brillants, inventifs, généreux, polis, ouverts, exprime-t-il à propos de la jeune génération. Avec un Philippe Ducros qui nous emmène en Palestine, le Théâtre I.N.K. et La robe de Gulnara, il y a une réelle ouverture au monde. Une confiance s’est installée. On est maintenant capables de poser un regard sur l’autre.» Une ouverture d’esprit qui était déjà au cœur des préoccupations des Deux Mondes, parmi les premiers à s’intéresser à la culture inuite avec L’Umiak (1982).

Carnets des Deux Mondes

Pour souligner ses 40 ans, Les Deux Mondes reprend Carnets de voyages de Normand Canac-Marquis, créée en 2009 à partir de véritables archives (photos, vidéos, sons, objets) des voyages de la troupe. Le spectacle bilan réinterprète quelques-unes des expériences marquantes.

Il y avait cette fois en Russie où un jeune interprète de 20 ans avait demandé comment les Québécois faisaient pour vivre sans un théâtre dans chaque ville. Cette autre où ils sont passés par la gare de Madrid 24 heures avant l’attentat de 2004. Puis cette histoire qui leur fut racontée au Vietnam où, pendant la guerre, des enfants recevaient des leçons de piano silencieuses dans les tranchées. «Ça traite aussi de la passation entre un acteur vieillissant et une jeune comédienne», précise le metteur en scène, qui souhaite perpétuer cette transmission encore et encore. 

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