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Scène

Catherine Vidal / Des couteaux dans les poules : Moulin à paroles

Avec Des couteaux dans les poules de l’Écossais David Harrower, Catherine Vidal dessine le paysage intérieur et extérieur d’un trio qui évolue dans un passé indéfini, quelque part entre une écurie enfouie et un moulin haut perché. 

«Le metteur en scène français Claude Régy en a décortiqué les mots, leur a conféré un caractère sacré. La Polonaise Maja Kleczewska a plutôt proposé une version abstraite et féministe. J’aime que cette pièce supporte plusieurs lectures et écritures scéniques, affirme d’emblée Catherine Vidal, jeune metteure en scène encensée pour son adaptation du Grand Cahier d’Agota Kristof.

Dans une campagne primitive, une paysanne analphabète va et vient entre l’écurie de son mari laboureur et le moulin du meunier lettré du village, craint et honni. Avec sa langue à demi inventée, Des couteaux dans les poules de David Harrower (Blackbird) emprunte à l’univers symbolique des contes. «Au départ, j’ai été rebutée par la première scène. Le langage est hachuré, il manque des verbes, des pronoms, mais on s’habitue rapidement. C’est comme s’il n’y avait pas de gras, que l’ossature. J’ai été intriguée», relate Catherine Vidal.

Pour sa première collaboration avec le Groupe de la Veillée, la metteure en scène a opté pour une approche qu’elle qualifie d’organique. «Harrower n’est pas juste dans l’esprit, mais aussi dans le corps: les paysans triment dur, se salissent. Je me suis dit qu’il y avait deux moteurs: l’un, intellectuel, l’autre, instinctif.»

Auprès du meunier, la femme étanche sa soif de connaissances et découvre la force du vocabulaire. Comme un anachronisme, un crayon surgit dans les mains du meunier. «C’est son arme à lui. Cette rencontre avec l’écriture transfigure la femme. C’est comme si, tout à coup, elle naissait comme sujet dans son histoire», raconte la metteure en scène qui dirige les comédiens Isabelle Roy, Jean-François Casabonne et Stéphane Jacques. «Nous nous sommes inspirés des personnages de Pierre Perrault qui ont une poésie, une intériorité bien à eux. Le paysan n’a rien de retardé ou de vide.»

Très peu porté sur les débordements psychologiques, Harrower accule ses personnages au pied du mur, comme s’il cherchait à enfoncer les mots à la manière d’un couteau dans le ventre d’une poule. «On a accès à leur essence. Il n’y a rien de petit ou d’ordinaire. En ce sens, il rejoint les grands textes où tout ce qui se produit a son importance», conclut Vidal.

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