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Scène

Sorel-Tracy : Vulgaires, sales et méchants

D’un humour incisif et juste assez douteux, Sorel-Tracy offre une excellente satire de la corruption municipale québécoise: un sujet chaud et familier où les crapules provoquent l’hilarité.

Traînant un léger parfum de scandale – la mairie de la ville désignée par le titre de la pièce n’ayant pas trouvé drôle d’être associée aux odieux et cupides personnages créés par l’auteur Emmanuel Reichenbach –, Sorel-Tracy n’a pourtant pas été inspirée par le chef de la municipalité. Le maire Boivin, corrompu à l’os et dirigeant l’Hôtel de Ville à coups de pots-de-vin et d’échanges d’enveloppes brunes, et faisant étalage de ses soirées cochonnes, avait bien assez de modèles à se mettre sous la dent.

Alors qu’il va perdre ses prochaines élections, le maire Boivin suit les conseils stratégiques de son bras droit et décide de participer à une émission de variétés pour redorer son image. Hélas, le scandale de la mégaporcherie le poursuit et l’animateur n’est pas dupe. Alors qu’il se trouve sur le point d’abandonner la course, trahi par son adjoint, humilié sur la place publique et décrié par des manifestants opposés à ses politiques, le maire fait une ultime tentative de rachat devant une caméra de télévision qui fera gober ses mensonges. La tromperie triomphe dans cette comédie politique qui évite la caricature grossière, mais ne fait pas dans la dentelle. La pièce mise en scène par Charles Dauphinais réussit le pari d’un certain réalisme, mais avec une juste dose de théâtralité pour nous rendre ces personnages si proches du réel plus grands (ou plus petits et stupides) que nature. Ancré dans un décor d’hôtel de ville cheap, le récit de la disgrâce d’un salaud rappelle les films de frères Coen par sa trivialité et sa crudité. Archétypaux mais très incarnés, les cinq personnages esquissent des êtres identifiables, mais aussi personnalisés grâce à l’excellente distribution investie et qui joue à l’unisson, charriant à intervalles mesurés sarcasme et bêtise.

Guillaume Cyr, d’une grande sensibilité et d’un charisme sûr, réussit à nous rendre attachant ce maire pourri, innocent par son immaturité et irrécupérable. À ses côtés, l’excellent Félix Beaulieu-Duchesneau joue l’adjoint vulgaire, imbécile heureux prêt à tout pour conserver ses privilèges. Yannick Chapdelaine incarne avec conviction le cerveau du maire, rappelant ces hommes qui manipulent le pouvoir dans les coulisses, tandis que Léa Simard entre habilement dans la peau de la secrétaire intelligente, seul esprit lucide dans ce cercle de brutes. D’un naturel comique indéniable, Simon Lacroix joue quant à lui l’animateur trop zélé d’une radio communautaire, absolument jouissif. Nuancé et truffé de blagues efficaces, le texte de Reichenbach créé par le Théâtre sans domicile fixe vise juste, attaquant l’immoralité des gens de pouvoir sans faire la morale, osant aussi dans la moquerie des railleries gratuites et de l’humour bien gras, de quoi exorciser nos démons sans bouder le bon divertissement.

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