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Scène

Les chemins qui marchent : À fleur d’eau

Les chemins qui marchent offre une autre folle et riche aventure de l’histoire du Canada français en chansons et en liesse, mais n’en perce pas la surface.

Second volet de la trilogie sur l’Histoire révélée du Canada français, la nouvelle création du NTE bénéficie d’un précieux matériel qu’Alexis Martin a puisé à travers de nombreuses lectures sur l’histoire de nos cours d’eau, ces «chemins qui marchent», qui permirent la conquête du territoire, pour le meilleur et pour le pire. Confrontant la vision des Amérindiens qui perçoivent le voyage sur l’eau comme une façon de rester où ils sont à celle des Blancs, toujours tentés par le départ, le voyage, l’expansion du territoire, la pièce fait voir la mésentente entre les peuples fondateurs du Canada français, mais aussi les échanges et l’amitié entre eux.

Autour de ces rivières et de ce fleuve où se rencontrent et s’affrontent les Amérindiens, les Français et les Anglais, Martin a imaginé plusieurs tableaux, parfois très cocasses et aussi délirants que dans le premier volet (L’invention du chauffage central), mais penchant cette fois nettement du côté de la comédie musicale. Entre un ingénieur de Lachine, en 1998, aux prises avec une contamination des eaux qui rend les gens amnésiques; Frontenac et Cadillac, inquiets du sort de leur colonie depuis le château Saint-Louis en 1689; et une histoire d’amour entre un draveur du Saint-Maurice échoué sur l’île d’Anticosti et la fille d’une riche famille anglaise, en 1869, les huit comédiens de l’excellente distribution incarnent une cinquantaine de personnages avec beaucoup de panache. Le dispositif scénique de la cabane imaginé par Daniel Brière, qui signe une mise en scène vivante et ingénieuse, offre un potentiel de théâtralité auquel fait honneur la galerie de personnages colorée et décomplexée (François Papineau est particulièrement drôle en Frontenac déchaîné).

Les thèmes du dialogue des peuples et d’une mémoire fragile, dissoute et emportée par les flots et les barrages hydroélectriques, encadrent les différents tableaux, mais on cherche toutefois un fil conducteur, un moteur plus profond qui donnerait à la série de sketchs le liant qui leur manque. L’intrigue amoureuse entre le draveur et l’Anglaise méritait-elle tout cet espace? Les nombreuses chansons, redondantes à la longue, auraient-elles eu meilleur effet à petite dose? Toujours est-il que le voyage permet la rencontre de personnages et de chapitres fondamentaux de notre histoire qui méritent d’être racontés, mais le matériau historique aurait gagné à être mis plus à distance pour en tirer la richesse et la transposer, la sublimer par l’imaginaire. Reste que l’aventure bénéficie d’un plaisir contagieux transmis par une équipe endiablée!