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Karine Ledoyen / Trois paysages (Danse K par K) : Deuxième souffle
Scène

Karine Ledoyen / Trois paysages (Danse K par K) : Deuxième souffle

Karine Ledoyen flirte avec le théâtre et les artisans du genre lui font aussi de l’œil. Une attirance mutuelle qui sort la chorégraphe de sa zone de confort une fois de plus avec Trois paysages.

«Être installée à Québec, ça me permet une proximité avec le théâtre. Des affinités artistiques naissent. On a envie de créer des rencontres, d’aller jouer dans le territoire de l’autre.» Si la petitesse du milieu des arts de la scène de Québec est perçue de façon négative par certains membres de la communauté artistique de la Vieille Capitale, Karine Ledoyen s’en sert comme moteur de création pour ses propres productions lorsqu’elle ne met pas en mouvements les pièces des autres présentées au Périscope, à Premier Acte ou au Trident. Pour Jean-Philippe Joubert, par exemple, comme ç’a été le cas en 2001 avec La pêche et autres fruits érotiques, une production de la compagnie Nuages en pantalon qui a d’ailleurs été sa toute première expérience professionnelle. Pas de doute: le théâtre, c’est imbriqué dans l’ADN de créatrice de Ledoyen. Ça fait partie de ses bases, de ses racines, même si elle a reçu une formation de danseuse et non de comédienne. D’ailleurs, elle présentera Danse de garçons au Carrefour international de théâtre ce printemps, un manifeste dansé de la masculinité pour sept hommes acteurs.

Fidèle à son envie d’enrichir son art de la vision des autres, Ledoyen a cette fois-ci fait appel à Patrick Saint-Denis pour la création de la musique et d’un environnement visuel. Un décor complexe et technologique muni d’une Kinect qui détecte le mouvement des interprètes. Ces derniers activent les petits ventilateurs individuels des 192 feuilles de papier disposées sur le mur en dansant, contrôlant ainsi leur environnement. «Patrick, je le connais depuis l’adolescence. C’était le fun de se retrouver après avoir fait du chemin chacun de notre côté. Lui, il avait travaillé sur la machine dans le cadre de son doctorat en musique. On a eu une telle facilité à travailler ensemble, parce qu’il a une très belle sensibilité pour la danse. Il comprend le mouvement.»

La chorégraphe a aussi recruté Alexandre Fecteau pour la mise en scène. «C’est super bizarre, vraiment. Je suis allée voir Changing Room et je l’ai vu triper avec le public live sur scène. J’ai eu envie d’essayer ça, mais avec la danse. Et plutôt que de lui piquer son idée, je l’ai invité à travailler avec moi. Ensemble, on s’est interrogé sur le pourquoi de faire ça. Pour que ça réponde au propos dans lequel je voulais être.»

Et ce propos, c’est quoi? L’air, encore une fois. Un thème récurrent pour Karine Ledoyen qui avait présenté une pièce portant précisément ce nom-là au début de 2011. «L’idée, c’est de poursuivre la recherche autour de l’air, mais d’épurer. Dans Air, il y avait beaucoup trop de choses. C’est correct, j’assume ce qui a eu lieu, mais avec Trois paysages, je voulais me contraindre à juste trois choses.»

Trois thèmes, trois propositions, trois tableaux distincts qui s’articulent autour de sa définition de l’air. «J’ai demandé aux danseurs de porter le souffle en eux, sans qu’on le mette en scène ou qu’on l’entende fort. Ça, c’est du Marie Chouinard!» Un souffle sans bruit qui ramène au concept de l’absence, au silence aussi. «J’ai créé la pièce pour cinq danseurs, même s’il n’y en a que quatre sur scène. Mon cinquième élément, je l’appelle mon courant d’air. En fait, ce sera quelqu’un dans le public, mais je ne veux pas en dire plus.»

Trois paysages est une chorégraphie jouant sur le contrepoids, l’idée de chute et celle du non-contrôle. «Dans le deuxième tableau, les corps deviennent des sacs de plastique dans le vent. Ce passage-là, on l’appelle l’American Beauty pour la fameuse scène du sac de plastique dans le film.» Et puis la pièce se termine avec un duo entre Fabien Piché et Ariane Voineau. «J’essaie de me dégager de l’image du couple. Ce duo-là peut faire référence à toutes sortes d’amitiés. Ce sont deux êtres qui cohabitent dans la chute, au moment où tout décrisse autour de soi.»