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Roger Sinha / Sunya : Repartir à zéro
Scène

Roger Sinha / Sunya : Repartir à zéro

Les quatre danseurs de Roger Sinha et les trois musiciens de l’ensemble Constantinople partagent la scène de Sunya pour évoquer, en toute abstraction, les affres de l’immigration.

En 1992, Roger Sinha mêlait danse et théâtre dans Burning Skin pour traiter de la violence et du racisme dont il a été victime en Saskatchewan où il a débarqué à l’âge de huit ans en provenance de Londres, sa ville natale. Et même si ce chorégraphe de père indien et de mère arménienne a adopté il y a longtemps une approche plus abstraite, chacune de ses créations se réfère d’une manière ou d’une autre à son vécu. Créée en tandem avec le compositeur-interprète d’origine iranienne Kiya TabassianSunya («chiffre» et «zéro» en sanscrit) n’échappe pas à la règle.

«Nous voulions parler de gens et de cultures en mouvement de manière pas trop littérale et avons travaillé autour de l’idée qu’immigrer demande toujours de construire une vie à partir de rien, explique Sinha. Ça a été d’autant plus vrai pour Kiya et sa famille que toutes leurs affaires ont été volées à leur arrivée et qu’ils ne pouvaient même plus prouver leur identité.»

Construite à la façon d’un grand voyage, l’œuvre est enveloppée de projections principalement conçues par le vidéaste Jérôme Delapierre. Généralement abstraites, les images traduisent, par des textures, des couleurs et des calligraphies arabes, «l’angoisse, l’anxiété et la nervosité que l’on peut ressentir quand on arrive dans un endroit où l’on ne se sent pas chez soi». Elles apparaissent en interaction avec les mouvements des interprètes, prolongeant le travail d’intégration des nouvelles technologies qui passionne Sinha depuis 2008.

Malgré cette thématique de recherche un peu sombre, le chorégraphe parle beaucoup d’une douceur apportée par la collaboration avec les musiciens de Constantinople qui, avec sétar et voix (Kiya Tabassian), tombak (Ziya Tabassian, son frère) et viole de gambe (Pierre-Yves Martel), perpétuent depuis une dizaine d’années les traditions musicales séculaires du bassin méditerranéen. Car le désir qui fonde cette nouvelle création – et qui mûrissait depuis plusieurs années – est avant tout celui de la rencontre interculturelle.

«J’ai d’abord improvisé seul en studio en créant un canal entre mon cœur et celui de Kiya, et j’ai construit des phrases que j’ai transmises aux danseurs, commente Sinha. Ensuite, les musiciens ont beaucoup improvisé en réponse à la danse et créé des musiques d’inspiration persane qui m’ont conduit à plus de douceur et de simplicité.»

Plus contemplative qu’à l’habitude, Sunya fait aussi la part belle à l’improvisation, de la part tant des musiciens que des danseurs Thomas Casey et Ghislaine Doté, vieux complices rompus à la fine gestuelle imprégnée de danse classique indienne de Sinha, et Tanya Crowder et François Richard, de plus récents collaborateurs.

«L’improvisation offre une immédiateté qui rend la rencontre encore plus vivante», assure le chorégraphe quinquagénaire qui, comme pour piquer un peu mieux notre curiosité, nous promet une surprise en ouverture de soirée.