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Scène

Eric Jean / Survivre : La fureur du neuf à cinq

Après Les mains et Une ardente patience, Eric Jean renoue avec le dramaturge Olivier Kemeid pour créer la comédie noire Survivre. Ensemble, ils gravissent les étages d’une tour de bureaux pour scruter le défilé d’employés qui se côtoient sans se confondre, dans le long écoulement de journées identiques.

Pour Eric Jean, il y avait d’abord le microcosme impersonnel et assujettissant des bureaux où les travailleurs suivent le bal monotone du métro-boulot-dodo. Des commis de bureau qui passent leur vie sous l’éclairage néon dans le ronron des sonneries et des cliquetis de clavier. «J’ai été influencé par le souvenir du film Being John Malkovich, qui se déroule à un demi-étage d’un immeuble. J’aimais bien cet univers sans relief, plutôt beige, où, malgré les apparences, les rapports humains sont tout aussi complexes qu’ailleurs.»

Il y a planté le décor de sa prochaine création, une comédie noire, entre la tragédie et l’absurde, dont il a confié l’écriture à Olivier Kemeid, comme pour Les mains en 2004. «Il a été étonné par ma demande, mais Olivier est quelqu’un de vraiment drôle dans la vie», souligne-t-il à propos de l’auteur de Moi, dans les ruines rouges du siècle.

Pour valider son intuition, le directeur du Théâtre de Quat’Sous a convié sept acteurs (Anne Casabonne, Sylvie Drapeau, Renaud Lacelle-Bourdon et André Robitaille notamment) à une improvisation dirigée avec pupitres, téléphones et ordinateurs. «Ils sont rentrés comme s’ils travaillaient de 9 à 5. Je leur donnais des notes générales, leur chuchotais à l’oreille. Ça a été très révélateur de voir quel type de personnage surgissait spontanément chez chacun, mais aussi d’observer l’identité de ce groupe. C’est une distribution éclectique avec beaucoup de tempérament», convient Jean.

Ce riche matériau a servi à écrire une pièce courte, dense, jalonnée de ruptures de ton et d’envolées lyriques. Des commis de bureau typés travaillent sans relâche à répéter les mêmes gestes jour après jour. Un matin, un jeune homme apparaît et agit comme un révélateur de leurs pulsions. Une compétition s’installe alors que la dynamique du groupe bascule dans la violence. Après le calme et l’ennui, une révolution se prépare. «Ils ne deviennent pas des monstres, mais presque. Tout d’un coup, ils se transforment pour obtenir ce qu’ils souhaitent. La pièce offre un drôle de mélange: on commence avec la comédie, pour ensuite plonger dans l’onirisme, puis le suspense. Le rythme intérieur des personnages devient alors très rapide. Qui va survivre dans cet univers-là?»

Sans critiquer le modèle bureaucratique, les auteurs en révèlent néanmoins les mécanismes. Le lieu et les occupations demeurent inconnus. Une caméra de surveillance représente le regard impitoyable du patron. «On ne sait pas le boulot de ces gens et ce n’est pas important. On constate cependant qu’ils sont devenus peu à peu des accessoires de bureau. Ils ont perdu une grande partie de leur personnalité pour se fondre dans le décor. Jusqu’à ce que ça bascule», évoque Eric Jean pour conclure.

Les représentations des vendredis et samedis seront précédées de la courte pièce Cleaning de Simon Lacroix, artiste en résidence au Théâtre de Quat’Sous.

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