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Scène

FTA / Frédérick Gravel et Étienne Lepage : Porter les voix

Chacun à leur façon hurlante, Frédérick Gravel et Étienne Lepage secouent les structures de leur art. L’un en danse, l’autre en théâtre. Une parenté artistique les pousse à fusionner leurs univers et à dire autrement: mouvement et verbe s’embrouillent dans Ainsi parlait.

La petite histoire veut que ce soit Étienne Lepage qui ait approché le chorégraphe Frédérick Gravel après avoir vu sa création Tout se pète la gueule, chérie au FTA en 2010. «En regardant ce que Frédérick faisait, j’ai vu qu’il y avait de la place pour du texte. De la place pour moi. Qu’on pouvait créer un mélange homogène, un langage qui contienne nos deux démarches, une matière que l’on fabriquerait ensemble tout le temps, qui serait à la fois du mouvement et du texte», explique Lepage.

Une subvention de recherche en poche, les cocréateurs s’enferment en ateliers avec quatre interprètes: Daniel Parent, Marilyn Perreault, Éric Robidoux et Anne Thériault. Leurs méthodes respectives se heurtent. Lors des longues discussions qui suivent chaque proposition, une contamination se produit. «On a fini par se connaître, poursuit Lepage. Je suis proactif. Je propose plusieurs idées, sans parvenir à comprendre ce que ça donne. Pour y arriver, j’ai besoin de rentrer, dormir et réfléchir. Chez Frédérick, c’est l’inverse. Il reste ouvert, ne veut rien forcer, mais dès qu’il a un élément, il sait comment l’attraper. Ça a été un lent travail de patience pour laisser la forme advenir. On a tout essayé. On n’a rien décidé.»

La bougie d’allumage: des textes d’Étienne Lepage dans la même forme provocante et délinquante que sa pièce Rouge gueule, mais qui critiquent le système de valeurs d’une société. Une posture «ludique-cynique» qui leur a rappelé Nietzsche, d’où la référence du titre au récit philosophique Ainsi parlait Zarathoustra.

«Ce sont des monologues où on ne sait pas trop où la personne se situe, si elle exagère ou si elle est sérieuse. Ce débordement crée le malaise. Il y a un contraste entre les textes, plutôt baveux, et le mouvement, plutôt maladroit, mou, non affirmatif. Cette friction crée des personnages qui parlent beaucoup, qui se croient, alors que le mouvement leur confère une sorte d’anima, une fragilité.»

Anonymes, ces personnages qui pensent tout haut n’ont aucune histoire personnelle. Ils sont des corps en porte-voix. La musique langoureuse de Jimi Hendrix les enveloppe. «Je n’avais jamais utilisé Hendrix dans mes mises en scène parce que c’est tellement sexy que ça faisait juste too much. Ici, il y a une distance, ce n’est pas débridé», souligne Gravel qui dit avoir revu son approche. «Dans une création de danse, il y a beaucoup d’espace. Je me laisse voir. Je deviens un sujet d’étude. Alors qu’ici, il y a quelqu’un d’autre qui jase avec moi. On joue à un jeu. Je ne pouvais donc pas laisser aller ma psyché, mon inconscient. De son côté, Étienne a dû accepter que son texte devienne de la matière.»

Des arrangements qui laisseront des bavures dans leurs univers créatifs respectifs, assurent-ils.

Du 5 au 8 juin

À l’Agora de la danse, dans le cadre du Festival TransAmériques

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