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Scène

Propaganda / Montréal Complètement Cirque : D’humour, de propagande et d’eau fraîche

Diffuser, propager, marteler plusieurs fois des idées afin qu’elles rentrent dans les esprits. C’est ce que s’efforcent d’accomplir les deux acrobates déjantés d’Acrobat dans Propaganda. Un cirque-théâtre trash, engagé et artisanal qui rue dans les brancards, le petit doigt en l’air.

Des cordages, des instruments de musique ou de cirque, des porte-voix, un drapeau montrant une étoile croisée par un râteau et une pelle en guise de symbole de la révolution des travailleurs de la terre… Bienvenue dans l’univers bric-à-brac de Propaganda!

Le couple d’acrobates australiens Jo-Ann Lancaster et Simon Yates amorce un bourrage de crâne à l’aide d’une chanson. «Nous sommes ici pour vous dire quoi faire!» Le ton est donné.

Mange tes légumes. Sois gentil. Fais du vélo. Les mantras sont lancés en mitraillette par les deux camarades endoctrinés, bas-culotte remonté jusqu’au nombril. S’ensuit un numéro de main à main bringuebalant qui finit au plancher. Visiblement, il y a du sable dans l’engrenage.

En choisissant frontalement le thème de la propagande, le couple d’agitateurs dénonce la manipulation, le conformisme, les injustices, mais ils montrent aussi le manque de cohésion et les contradictions des révolutionnaires. S’ils critiquent les messagers, les deux camarades se font aussi porteurs de messages.

Lancées à tous vents, certaines flèches atteignent toutefois leur cible. C’est le cas notamment du numéro de mât chinois de Lancaster personnifiant une sirène qui s’étouffe avec les sacs en plastique qui jonche son habitat naturel. Même chose avec l’excellent numéro de corde molle où Yates montre la cupidité d’un bureaucrate qui dort, déjeune et s’habille en équilibre précaire sur un fil, avant de se rendre au bureau botter (littéralement) les derrières de ses employés pour faire un maximum de profit. La tyrannie de l’argent roi!

À la manière du DIY (Do It Yourself), les deux perturbateurs irrévérencieux se changent sous nos yeux et transforment eux-mêmes les éléments de décor. Les numéros d’acrobaties, de clown, de corde, de trapèze – tous bien maîtrisés – s’entrecoupent de petites fables loufoques qui illustrent leurs préceptes de vie. Une femme à moitié nue prépare un repas à son mari: dans un saladier, elle touille des dollars et pièces de monnaie. L’argent ne se mange pas!, conclut l’homme à cravate, le doigt en l’air. Le cirque du beau n’a pas lieu dans cette salle. La musique est grinçante, les gestes sont radicaux et les intentions déroutantes, mais l’ensemble est convaincant et même jouissif.

Jusqu’à la fin, nos deux zigotos martèleront leur message: «Jardine à poil. C’est juste un corps. Les jardins sont bénéfiques pour tout le monde», dit le pamphlet qu’ils distribuent eux-mêmes à l’issue de la représentation, comme pour nous inviter dans leur potager communautaire. Et poussent les légumes!

Jusqu’au 14 juillet à l’Usine C

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