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Scène

Comment je suis devenue touriste : Le luxe de la rebelle

Pour leur pièce de fin d’été annuelle, Les Biches pensives s’attaquent au militantisme radical avec Comment je suis devenue touriste. Un percutant plaidoyer contre l’homo  touristicus.

Il est révolu, le temps de l’innocence où le voyageur était un aventurier inoffensif lancé à la découverte du monde. Toutes les terres ont été conquises et le touriste est désormais montré du doigt par les écologistes, accusé de corruption culturelle, considéré comme un pilleur de ressources ou un bourgeois gâté. C’est contre cette espèce incarnant les vices du capitalisme que s’est rebellée Alexandra Dorion-Jolicoeur, la jeune protagoniste de la pièce qui se retrouve, un an après avoir été « la première résistante de tourisme expérimental », assise sur son divan à siroter des daiquiris. Lorsqu’elle reçoit la visite de son spectre, la version d’elle-même d’il y a un an, le choc est énorme. La militante terroriste qui chassait le touriste aux États-Unis a bel et bien rendu les armes, endormie dans son petit bonheur confortable.

Construite en flashbacks, la pièce de Jean-Philippe Lehoux fait revivre à l’héroïne cette année de road trip passée à pourfendre toute forme de luxe, de confort ou de bonheur au nom d’un idéal anticapitaliste élevé en dogme. La jeune fille à papa a laissé tomber son voyage en Floride pour se muer en rebelle, s’emmurant dans une solitude sans compromis. L’idéaliste sera au final rattrapée par la réalité, forcée d’admettre le cul-de-sac dans lequel elle s’est enfoncée.

Bien qu’assez conventionnel, ce parcours de désillusion tire tout son charme de l’humour incisif du texte sans demi-mesures, qui sort quelques tirades revendicatrices un peu didactiques mais s’étoffe de dialogues musclés et d’images cinglantes qui font mouche, et de l’énergie explosive des actrices qui brillent par leur solide jeu de composition. Des dizaines de personnages colorés, loufoques et même épiques défilent sans jamais tomber dans l’exagération. Entre la poupée Walt Disney grinçante, la guide déguisée en grenouille ninja et le trucker américain, Annie Darisse offre des scènes satiriques efficaces, mais l’aplomb avec lequel Dominique Leclerc incarne la rebelle, passant avec précision et doigté d’une émotion à l’autre, est remarquable. On se demande pourquoi on ne voit pas plus cette excellente actrice dans nos théâtres.

La mise en scène dynamique de Michel-Maxime Legault donne aux comédiennes un bel espace de liberté pour créer un monde fantasmatique à partir de peu. Le touriste en prend pour son rhume, mais le jeune Occidental en guerre contre le capitalisme n’est pas épargné. « Le hasard appartient aux riches », conclut la militante, qui a eu le luxe de choisir les conditions extrêmes de ce voyage militant, mais ne connaîtra jamais rien de la vraie misère, qui n’a pas l’habitude de voyager.

Du 19 août au 6 septembre 2013
À La Petite Licorne

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