Marie Chouinard / Henri Michaux: Mouvements et Gymnopédies : D'encre, de chair et de temps
Scène

Marie Chouinard / Henri Michaux: Mouvements et Gymnopédies : D’encre, de chair et de temps

Marie Chouinard transpose à la scène une œuvre à l’encre de Chine dans Henri Michaux: Mouvements et s’inspire de la musique de Satie dans Gymnopédies. Parmi les surprises qu’elle nous réserve, elle convertit ses danseurs en pianistes.

Est-il encore besoin de présenter le génie créateur de Marie Chouinard qui ébranle la scène chorégraphique depuis 35 ans? En février prochain, on verra à Laval deux de ses œuvres phares, Le sacre du printemps et Les 24 Préludes de Chopin, datant respectivement de 1993 et 1999. Mais avant cela, Danse Danse nous donne à découvrir à Montréal ses deux plus récentes créations. D’une durée moyenne de 30 minutes, elles sont livrées par une douzaine de danseurs talentueux et s’inspirent de deux grands artistes du siècle dernier: le poète et peintre Henri Michaux et le compositeur Erik Satie.                   

«Je n’étais pas à la recherche d’une musique, mais j’ai entendu les Gymnopédies de Satie et l’idée de créer des duos s’est imposée, explique-t-elle. Même chose pour Michaux: j’avais ce livre, Mouvements, depuis plus de 20 ans, et j’ai compris que ses planches de dessins à l’encre étaient comme un story-board chorégraphique que je n’avais qu’à suivre et transposer.»

En 2005, Chouinard avait commencé l’exercice en créant un court solo pour Carol Prieur à partir des 64 pages de dessins contenues dans l’ouvrage publié en 1951. En 2011, elle l’a terminé avec dix autres danseurs, y ajoutant le long poème au centre du livre, sa postface, et allant même jusqu’à intégrer sa couverture et la dédicace que l’on verra projetée en arrière-scène, tout comme chaque dessin et chaque page. Tout de noir vêtus, évoluant sur un sol blanc, les danseurs incarnent donc des taches d’encre.

«En développant la pièce, j’en ai développé la construction chorégraphique et l’architecture, précise la chorégraphe. Ça a été un plaisir immense de définir ce que je voyais dans une tache (un bras ou une jambe? une tête ou des fesses? un danseur en mouvement ou des corps enlacés?) et comment j’allais l’interpréter. Certains dessins appelaient vraiment le mouvement et si j’ai respecté leur positionnement dans la page en les transposant tel quel sur la scène, j’ai profité de la liberté que me donnait l’incarnation dans l’espace de cette partition en aplat.»

À son complice Louis Dufort, elle a commandé «une musique implacable, terrible, un peu comme une musique industrielle, comme un torrent qui nous emporte du début à la fin». Un contraste total avec les Gymnopédies. «La musique de Satie inclut le temps et le silence dans sa structure. C’est peut-être ce qui m’a amenée vers l’intimité du duo. Elle a aussi ce côté humain, intime, et elle est d’une approche naturelle parce que tout le monde sur la planète la connaît tellement elle a été utilisée.»

Chouinard savait déjà qu’elle ferait tourner en boucle ces trois courtes compositions quand, au beau milieu d’une nuit, elle décida que ses danseurs les interpréteraient tour à tour au piano. Un gros défi que ces derniers ont eu à cœur de relever. «C’est beaucoup plus difficile que je ne l’avais imaginé, reconnaît la chorégraphe. Ils jouent chacun à leur façon, du mieux qu’ils peuvent et moi, j’étais prête à ce que ce ne soit pas parfait parce que ce que je gagne en intimité par ce choix, c’est énorme.»

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