Oxygène : Tu ne te marieras point
Scène

Oxygène : Tu ne te marieras point

C’est l’une des pièces russes contemporaines les plus connues, et l’une des plus déroutantes. Oxygène, d’Ivan Viripaev, se déploie dans une infinité de sens et de textures vocales dans la mise en scène de Christian Lapointe. Assurément un must de la saison.

En 2008, la version belge d’Oxygène, par le metteur en scène Galin Stoev, avait été l’une des belles surprises du Festival TransAmériques (FTA). Ses deux acteurs y lançaient la parole elliptique et rythmée d’Ivan Viripaev en respectant une prosodie précise, flirtant avec le spoken word et s’accompagnant de musiques électroniques concoctées en direct sur des tables de mixage. Entre bidouillage électronique et virtuosité verbale, la pièce nous emportait dans une activité cérébrale frénétique.

Musique électronique il y a aussi dans cette nouvelle production du groupe La Veillée. Mais Christian Lapointe, sensible aux différentes formes de prise de parole contenues dans ce texte foisonnant, privilégie une parole protéiforme, dont les rythmes et les tons varient abondamment tout en restant à hauteur d’homme, dans une simplicité qui rappelle l’énergie du conteur. Polyvalents, les comédiens Éric Robidoux et Ève Pressault flirtent avec le stand-up comique, le spoken word, le dialogue mordant, le conte urbain, sans sombrer dans les extrêmes, à travers une prose hyper-fluide. Les sens, alors, se déploient et se chahutent sans relâche, pour une expérience intellectuelle et esthétique jouissive, et qui plus est, hyper-conviviale. Sans doute le spectacle le plus «accessible» de Christian Lapointe, en carrière.

Détournant les dix commandements, pour faire à partir d’eux une radioscopie du monde actuel, en pleine déroute et en pleine «asphyxie», le texte flirte avec de nombreux réseaux de sens. À travers la métaphore de l’oxygène comme souffle de vie, les personnages se demandent quoi faire de leur existence, cherchent de l’air mais ne trouvent qu’asphyxie. C’est une pièce sur le manque d’oxygène, sur un monde anxiogène dans lequel l’amour est impuissant et dans lequel la conscience se perd et se cherche vainement de nouveaux modèles à suivre. À travers un regard perplexe sur Jérusalem, berceau de la religion et de ses belle promesses, mais aujourd’hui lieu emblématique des conflits qui terrassent le monde, la pièce dit la faillite du religieux et l’échec du sens commun.   

Ils sont artistes, finit-on par comprendre. L’art est-il l’oxygène tant recherché? Pas dans un monde dominé par une pensée trop cartésienne (même chez les artistes). Pas dans un monde où son influence est toujours réduite. Mais au moins, l’art essaie encore. C’est ce que semble vouloir dire ce texte en forme d’infini patchwork.

C’est une pièce sur la perte de repères amoureux, remplacés par une sexualité frénétique mais insatisfaisante pour les hommes en mal d’amour. Pour y faire écho, Christian Lapointe installe ses comédiens dans une ambiance de mariage de fin du monde. Elle porte une robe de mariée et un long voile; il arbore fièrement le tuxedo. Leurs vêtements luxueux finiront abandonnés sur une scène agitée par le souffle des vents, après avoir été plongés dans des éclairages frénétiques et colorés, dans les rouges et les bleus intenses, dans une sorte d’exaltation apocalyptique. Ils racontent l’histoire de Sacha de Serboukhov et Sacha de Moscou, exemplaires de cette impossibilité d’amour et de cette soif d’oxygène.

L’autre réussite de cette mise en scène est sa codification gestuelle. La parole est soutenue par une série de gestes, constamment répétés mais parfois significativement détournés. Voilà qui guide l’écoute et fait envisager le texte à partir de perspectives inattendues, soulignant l’ironie de certains passages ou permettant de faire des liens étonnants entre les différents tableaux. 

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