

Les Zapartistes / Zap 2013 : Dernier tour de piste
C’est la fin d’une époque: les Zapartistes présentent cette année leur toute dernière rétrospective annuelle, Zap 2013. Entrevue avec François Patenaude.
«C’est une belle année pour tirer notre révérence de l’univers des revues de l’année, explique François Patenaude. Le spectacle Zap annuel est une belle tradition, qui a été très nourrissante pour nous au fil des ans, mais avant de se répéter et de devenir routinier, on a décidé de mettre un frein. On a l’impression d’avoir fait le tour du concept. Même si l’actualité change, on trouve difficile de se renouveler dans la formule de la rétrospective. Il est temps pour nous de travailler sur d’autres fronts, peut-être sur le Web, assurément sur scène dans des spectacles thématiques comme ceux qu’on faisait à nos débuts.»
Il faut donc en profiter pendant qu’il est encore temps. 2013 fut une année fertile et pleine de rebondissements: ce spectacle devrait permettre de boucler la boucle dans le bruit et la fureur. Le groupe d’humoristes résolument campé à gauche va s’en donner à cœur joie à pasticher les élections municipales, mais surtout à démultiplier les regards caustiques sur le débat entourant la Charte des valeurs. Ce sont incontestablement les deux événements majeurs de l’année.
La Charte occupe un long moment de la deuxième partie du spectacle, mais contrairement à leurs habitudes, les Zapartistes ne prennent pas clairement position. Un débat sociétal aussi complexe, qui échappe bien souvent aux clivages gauche-droite, commande un humour plus nuancé. «On a voulu refléter sur scène une diversité de positions, explique Patenaude. Même entre nous, quand on discute de la Charte, on n’arrive pas à affirmer des positions claires. Certains sont pour, d’autres contre, on est passés d’un extrême à l’autre en cours de route.»
Autre nouveauté: le débat sur la Charte a inspiré aux Zapartistes davantage de caricatures de simples citoyens que de politiciens ou d’autres puissants de ce monde. «C’est une tendance qui s’affirme de plus en plus dans nos spectacles depuis la commission Charbonneau et le printemps érable. On constate que, peut-être, les débats politiques récents au Québec ont sollicité davantage l’opinion du citoyen, que le cynisme perd des plumes et que la démocratie est plus vigoureuse. On n’aurait jamais intégré autant de simples citoyens dans nos sketches il y a cinq ans, mais la société change. C’est un défi intéressant pour nous: on ne peut pas être aussi cruels que lorsqu’on caricature des hommes de pouvoir, il faut trouver un angle comique sans ridiculiser les personnes.»
Ça ne veut pas dire que les Zapartistes ont abandonné le ton mordant et cinglant auquel ils nous ont habitués. «Quand interviendront dans un sketch des intégristes musulmans, je vous assure qu’il y aura des grincements de dents dans la salle.»
Seront aussi au menu des imitations de Justin Trudeau, Denis Coderre, Jean Tremblay et Stephen Harper (entre autres). Patenaude et sa bande (Christian Vanasse, Vincent Bolduc, Jean-François Nadeau et Brigitte Poupart) vont aussi tourner leurs yeux vers l’actualité internationale, en dépêchant notamment Joyce Napier au marathon de Boston et en faisant intervenir brièvement François Hollande.
«La Russie est aussi dans notre ligne de mire, ajoute François Patenaude, car on ne peut passer sous silence les politiques autoritaires de Poutine. Faudra venir voir le spectacle pour voir ce qu’on en fera, car Poutine nous fait passer un mauvais quart d’heure en répétitions; on cherche encore la manière la plus mordante de le faire. C’est un vaste chantier; il y a beaucoup à dire sur ce qui s’est passé en Russie cette année, et nos houleux débats québécois n’ont pas permis à nos journalistes d’en parler suffisamment. On s’y attaque promptement.»
Plusieurs représentations à Montréal, dans les couronnes nord et sud ainsi qu’à Québec, entre le 14 décembre et le 11 janvier. Détails au leszapartistes.com.