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Scène

La ménagerie de verre : Prison de verre

Pour sa première mise en scène et le baptême de sa compagnie Tg_2, Yan Rompré revisite La ménagerie de verre, «pièce du souvenir» largement autobiographique de Tennessee Williams. Un spectacle bien sage, mais non dénué de charme.

Le contexte est donné au premier monologue: l’Amérique désolée de la crise économique de l’entre-deux-guerres où la jeunesse se fane. Tom, le narrateur et alter ego de Tennessee Williams, introduit sa «pièce du souvenir» à l’éclairage diffus et au bleu-gris nostalgie. Le récit d’une famille sur le bord de l’éclatement, comme il y en avait des masses à la veille de la Seconde Guerre.

Le père a fui, sans adresse ni correspondance. Son image trône au milieu du salon. En femme abandonnée, Amanda vit dans le fantasme remâché de l’époque où son salon se remplissait de soupirants dans sa riche propriété de Blue Mountain. Combien de soupirants se présenteront-ils ce soir?, ressasse-t-elle. Pas un seul, répond sa fille Laura.

Noyée d’ambitions pour ses enfants, Amanda voudrait voir sa fille assurer son avenir, malgré sa légère claudication et sa timidité maladive. Elle aimerait bien voir Tom, pourvoyeur de la famille, gravir les échelons de l’usine à chaussures qui l’emploie. Pour toute réponse à cette mère contrôlante, Tom et Laura s’évadent à leur façon: Laura entretient jalousement sa ménagerie de verre, une collection d’animaux miniatures, alors que Tom passe toutes ses soirées au cinéma à rêver de voyages et d’aventures. Mais voilà, un galant va bel et bien venir brasser cette cage de verre, la pièce reposant entièrement sur l’attente fébrile du grand bouleversement.

Si la salle intime et souterraine du Théâtre Prospero est souvent destinée aux plus petites productions ou aux jeunes créateurs, il arrive aussi que cette petite boîte noire cadre parfaitement avec les univers proposés. C’était le cas de L’Ouest solitaire, présenté en septembre dernier, et c’est encore une fois le cas de La Ménagerie de verre. Yan Rompré a su faire bon usage des lieux pour créer un univers asphyxiant où les meubles rétrécis donnent des allures de bêtes de cirque à des personnages pris au piège. Très sage et formelle, sa mise en scène aurait toutefois bénéficié d’un peu plus d’audace. Après tout, il s’agit bien d’une pièce racontée à travers le truchement du souvenir et de l’illusion, tel que présenté par le personnage de Tom. À ce compte-là, les quelques clins d’oeil à une gestuelle mécanique  empruntée aux maisons de poupée ou aux boîtes à bijoux musicales auraient mérités d’être approfondis.

Dans le rôle d’Amanda, Dorothée Berryman renoue avec élégance avec la pièce de ses débuts de carrière, elle qui défendait le rôle de Laura en 1973. Le soir de la représentation, elle avait toutefois la fâcheuse habitude de fixer le sol, ce qui avait pour effet de momentanément perdre l’émotion du personnage. En Tom tourmenté, Philippe Cousineau s’est quant à lui bien acquitté du rôle du fils qui cherche à s’affranchir de l’emprise familiale. Mais la véritable révélation de la pièce réside en la comédienne Enrica Boucher qui offre une Laura toute en finesse et en délicatesse, avec juste ce qu’il faut de fragilité et de force intérieure.

Une interprétation que vient solidement appuyer Yan Rompré dans le rôle du prétendant, lors de la délicieuse scène finale où Laura et le galant se retrouvent en tête à tête à discuter à la lueur d’un candélabre. L’éclairage revient finalement sur Laura, cette soeur adorée, qui ne réussira peut-être jamais à se libérer complètement de sa prison de verre, mais que l’amour transfigurera.

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