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Scène

Helena Waldmann / Get a Revolver : Dégénérescence et liberté

Danse Danse nous donne à découvrir la créatrice allemande Helena Waldmann avec Get a Revolver, un solo tendre et bouleversant qui porte un regard incisif et positif sur la démence.

«Trouve un révolver.» Le père d’Helena Waldmann a souvent plaisanté sur la façon de mettre fin à la démence qui l’affectait en faisant cette demande. La perte graduelle de ses facultés s’est étalée sur huit ans durant lesquels la chorégraphe et metteure en scène berlinoise a pu, au-delà du chagrin qu’elle éprouvait, déceler une dimension positive dans cette maladie.

«Quel soulagement ce fut pour moi de voir comment ce docteur en chimie, cet homme vraiment intelligent, a pu, grâce à sa maladie, lâcher prise et réduire ses efforts pour s’ajuster au moule de la société, ne plus essayer d’être une personne "comme il faut"! Les gens qui souffrent de démence sont tellement honnêtes que c’en est parfois très choquant pour nous qui pensons être sains. Mais qui sont les malades? Eux ou nous qui croyons devoir répondre à toutes les règles de la société? Nous qui, parfois, n’arrivons plus à voir ce qu’est la vie?»

Ces questions sont au cœur de la pièce que Waldmann a commencé à envisager en 2009 alors que son père se mourait. S’appuyant sur la théâtralité des comportements des résidents du foyer où vivait ce dernier et sur ses connaissances solides de la démence, elle élabore un scénario dans lequel la danse classique et ses rigueurs symbolisent la soi-disant normalité. À partir d’un canevas de base dont elle ne censurera aucun élément, elle collabore avec Brit Rodemund, quadragénaire déjà détentrice de trois prix d’interprétation et qui s’est vue sacrée «Danseuse de l’année 2011» par le magazine Tanz pour ce rôle.

«Pour parler de démence, il faut commencer à un niveau technique très élevé – c’est pourquoi je voulais utiliser le langage extrêmement codé de la danse classique –, mais aussi pouvoir interpréter des comportements humains parmi les plus élémentaires comme tomber au sol et baver. On m’avait dit que Brit était l’une des meilleures pour ce faire et c’est le cas: elle est capable d’aller dans les deux extrêmes. J’ai utilisé des éléments de son passé et des souvenirs que son corps avait gardés de rôles comme le cygne noir, Carmen ou Giselle, mais je n’ai plaqué aucun des éléments des ballets d’autrefois sur la pièce d’aujourd’hui. Elle a voyagé dans son expérience et trouvé ce qui pouvait être utilisé aujourd’hui.»

Perdant le contrôle sur l’exécution des partitions chorégraphiques qu’elle rendait autrefois à la perfection, la danseuse s’abandonne à la joie innocente de l’expérience d’une physicalité indomptée. Composée de musiques variées, la bande-son comprend aussi des enregistrements de souvenirs et d’avis scientifiques (sous-titrés en français et en anglais). Partout où l’œuvre est présentée, elle fait mouche. On salue la justesse du regard et la pertinence du propos.

«On ne voit que de très mauvaises choses dans la démence. On en a peur, on en a honte et on essaye de la cacher. On devrait plutôt en parler parce que notre société est vieillissante et qu’on ne pourra pas traiter le problème si on refuse d’y faire face. L’art est une des nombreuses façons d’aborder le sujet.»

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