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Scène

Songs of the Wanderers : Et la lumière fut

Créée en 1994 par Lin Hwai-min et acclamée depuis dans une vingtaine de pays, l’oeuvre Songs of the Wanderers a pris de l’âge mais n’a rien perdu de sa beauté et de sa force. Son rituel cérémoniel s’inscrit comme un classique dans l’histoire de la danse.

Les fans du Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan le savent: la gestuelle de Lin Hwai-min s’inspire de la danse moderne et du ballet, mais elle s’ancre surtout dans la pratique de la méditation, du Qi Gong, du Taï Chi et des arts martiaux. Comme Moon Water et Wild Cursive, qu’on a pu voir dans le passé à Montréal, Songs of the Wanderers est une œuvre méditative d’une extrême lenteur et d’une grande beauté plastique. En place de l’eau et de l’encre qui marquaient les scénographies précédentes, trois tonnes et demi de riz blond contribuent cette fois à créer l’enchantement.

L’œuvre, très théâtrale, met en scène un groupe de pèlerins engagés sur les traces de Bouddha. Avec une vingtaine d’hommes et de femmes évoquant le cheminement et les pratiques ayant permis à Siddhârta d’atteindre l’illumination, le chorégraphe retrace le souvenir de son propre séjour dans le lieu sacré du village de Bodhgaya. En avant-scène, côté jardin, un moine se tient debout, immobile, mains jointes et yeux fermés, totalement impassible sous la douche de grains de riz qui rebondissent en continu sur son crâne et s’entassent à ses pieds. Symbole de l’Éveillé que tous les bruits du monde ne sauraient perturber – mais qui se réjouira cependant de l’ovation finale.

Dans le premier tableau, les pèlerins vêtus de haillons couleur sable viennent faire leurs ablutions dans la rivière sacrée Neranjra, représentée par une petite dune de riz. Dans une parfaite harmonie, ils font et défont des paysages anatomiques, offrant l’image de bas reliefs animés au ralenti. Ici, comme dans le reste de l’œuvre, la maîtrise du temps et de l’espace est impeccable et l’esthétique, hyper léchée. Le groupe est travaillé comme un seul corps dont la progression fluide et lente captive. La présence des danseurs, vidés de tout ego, est impressionnante. Souples comme des lianes, agiles comme des félins, ils sont aussi d’une extrême précision dans les séquences plus nerveuses. Dans les tableaux suivants, les membres du groupe s’adonnent au rite de l’arbre, évoquant divers passages de la vie de Bouddha jusqu’à sa mort, et au rite du feu, à la fois offrande et rappel de l’impermanence de toute chose.

Si le rythme du spectacle et la mélodie des chants polyphoniques géorgiens invitent au recueillement, tout dans la composition vise à séduire l’œil: l’équilibre des formes dans les figures géométriques créées par les danseurs et par leurs accessoires, les cascades de riz qui, comme un rideau d’or, magnifient certaines scènes, et les giclées de riz qui explosent en feux d’artifice culminant dans l’apothéose d’un bouquet final. Symbole de vie et de fertilité, toute cette semence finit sous le râteau d’un jardinier zen qui trace au sol, dans un silence religieux, des cercles concentriques figurant les étapes du cheminement intérieur et de la pacification progressive de l’esprit.

Une poésie visuelle qu’on peut trouver redondante et quelque peu datée. Une longue prière qui traverse le temps pour inspirer la paix et, si l’on y adhère, peut émouvoir aux larmes.

 

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