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The Land of Fuck (a fable) : Ainsi va la vie
Scène

The Land of Fuck (a fable) : Ainsi va la vie

Avec The Land of Fuck (a fable), Danse Danse confirme le désir de sortir son public de sa zone de confort. Son créateur, le Torontois D.A. Hoskins, nous affirme cependant que le titre de cette œuvre pluridisciplinaire est plus provocateur que son contenu.

«C’est en effet un défi d’intéresser un large public avec un tel titre et je m’en rends particulièrement compte ces temps-ci alors que nous sommes en pleine campagne pour en financer la scénographie, reconnaît en riant D.A. Hoskins. J’ai sorti cette idée pour provoquer, dans un accès de colère face au côté commercial des arts. Les danseurs en studio m’ont poussé à la garder et j’ai fini par me concentrer sur le mot «fuck» pour m’en servir comme d’un catalyseur pour parler de l’évolution de ma propre vie. Après avoir été tabou dans ma jeunesse, il est devenu aujourd’hui presque ordinaire. La pièce explore donc simplement notre relation à l’évolution des choses de la vie.» 

Homosexuel ayant grandi dans un milieu conservateur et répressif, Hoskins découvre la danse à l’adolescence et y voit tout le potentiel d’expression libre et sensuelle. Artiste visuel à la base, il se forme auprès du Toronto Dance Theater et opte pour la création multidisciplinaire après une blessure. La liberté du corps et de l’esprit marque l’ensemble de ses œuvres où il mêle danse, texte, voix, musique et projections. Avant le duo qu’il présente au FTA en 2010, on le découvre à Tangente en 2006, avec Hard Candy, trio sur le thème du désir dont l’affiche est une paire de fesses avec une fleur dans la raie. Et s’il a traité de stéréotypes sexuels dans ARTFAG, autre titre-choc que l’on pourrait traduire par «ARTFIF», la sexualité n’est pas le sujet de The Land of Fuck (a fable).

«Tous les journalistes qui m’ont interviewé abordent le mot sous l’angle sexuel, mais son sens est beaucoup plus large», s’exclame le créateur de 49 ans. C’est vrai qu’entre «foirer, crisser son camp, foutre la merde, c’est quoi ce délire» et autres traductions possibles des expressions contenant le vocable argotique, il y a de quoi décliner une large gamme d’interactions humaines. «La pièce est un paysage mouvant dans lequel on explore les connexions, la vitalité, les sensations, ce qui fait que les gens sont attirés les uns les autres ou comment nous sommes aussi tous séparés. Elle va dans toutes sortes de directions de façon très ludique. Ce n’est pas une réflexion sur un thème, mais plus le reflet d’un vécu, presque dans la perspective d’un cycle de vie.» 

Triés sur le volet, les neuf artistes en scène offrent une belle représentation de l’avant-garde torontoise et font de la compagnie The Dietrich Group, fondée en 2008, une vraie plateforme d’échanges interactifs. «Ce sont eux les créateurs; moi, je suis plutôt un concepteur et un directeur artistique, affirme Hoskins. Et c’est tellement hallucinant de voir tout ce qu’ils ont à offrir que j’ai déjà hâte de voir ce que sera notre prochaine création.»

En attendant, si je devais emmener mes parents voir ce spectacle, que devrais-je leur dire? «Je leur dirais qu’ils ont un petit défi à relever, mais que ce sont des explorations très accessibles d’éléments de l’existence, qu’il y a quelques personnages charmants, des passages où l’on rit un bon coup et des moments touchants, peut-être même bouleversants. Je leur dirais juste de rester ouverts.»

Du 15 au 19 avril à la Cinquième Salle