FTA / Alexandre Fecteau : Le No Show, ou l'art de faire un show à sa juste valeur
Festival TransAmériques 2014

FTA / Alexandre Fecteau : Le No Show, ou l’art de faire un show à sa juste valeur

Enfin présenté à Montréal en ouverture du FTA, le No Show : Un show-must-go-on à tout prix ramène le festif théâtre documentaire d’Alexandre Fecteau. Histoire de mesurer le prix à payer pour que le théâtre existe dans la Cité.

C’est un spectacle qui parle d’argent, ou plus précisément du manque d’argent dans le merveilleux monde de la création artistique. Inévitablement, ce spectacle dénonçant la précarité de l’artiste a été réalisé sans subventions et a bien failli avorter à quelques reprises. «Ça a effectivement été un parcours du combattant pour le financement de ce spectacle là, explique le metteur en scène Alexandre Fecteau, mais on a aussi galéré pour le diffuser, pour éviter son annulation, et là, maintenant qu’il est sollicité, on a de la difficulté à financer une tournée européenne. Le parcours du spectacle est vraiment à l’image de ce qu’il raconte.»

Alors, combien ça vaut un spectacle de théâtre? Au No Show, c’est vous qui décidez. En arrivant, vous choisissez le prix selon la valeur que vous accordez à votre place, selon un barème pré-établi, de 0 à 130$. Selon l’argent amassé, il y aura plus ou moins d’acteurs sur scène, et ce spectacle à modulation variable se reconfigurera constamment. Voilà donc un spectacle dans lequel tous les comédiens seront payés un salaire convenable (bien que pas enviable).

Vous croyez que c’est toujours le cas? Détrompez-vous.

«On cherche à lever le voile sur le budget d’une production, dit Alexandre Fecteau. Quand on voit la répartition de l’argent dans une production théâtrale, on peut difficilement accuser les créateurs de se la couler douce avec des budgets subventionnés. Disons que ça met les choses en perspective, ça montre à quel point, dans la chaîne qui implique les producteurs, les diffuseurs, les techniciens et même les employés de billetterie, ce sont souvent les acteurs qui sont les moins payés.»

Avec ce concept ludique et participatif, au sein duquel les comédiens jouent leurs propres rôles et raconteront peu à peu des tranches de vécu, la troupe espère éveiller des réflexions sur le financement de l’art, mais aussi sur le rapport des artistes avec leur public. En moyenne, lors des représentations au Périscope à Québec, les spectateurs ont été prêts à payer 26$ pour la représentation. «Ce qui n’est vraiment pas suffisant pour faire une production de qualité et que tout le monde soit payé convenablement, dans une salle de 200 spectateurs par exemple. Le calcul n’est pas compliqué.» Mais loin d’accuser strictement les organismes subventionnaires ou le public qui n’est pas toujours au rendez-vous, Fecteau et sa bande en profitent pour se demander ce qui cloche avec le théâtre, pour qu’il soit si souvent boudé.

Adepte d’un théâtre-réalité qui investigue le vécu pour en faire de saisissants portraits de société (rappelons-nous Changing room), Fecteau a sondé l’enjeu du financement du théâtre sans s’embarrasser de trop de statistiques. Certes, le spectacle explique que le revenu moyen d’un artiste pour ses contrats de théâtre ne dépasse pas annuellement les 9000$ et que ce chiffre ne cesse de chuter au fil des ans. Mais c’est en donnant la parole aux jeunes comédiens que tout cela s’exprime le plus éloquemment. «La passion a le dos large, rigole Alexandre Fecteau. En s’appuyant sur notre vécu, je pense qu’on arrive à le démontrer et à atteindre une certaine Vérité. On dit dans ce spectacle tout ce qui ne se dit jamais à notre sujet, dévoilant nos revenus annuels, des détails sur les logements dans lesquels on habite, mais aussi les bassesses qu’on peut parfois faire pour obtenir un contrat, ou les efforts surhumains.»

Évidemment, les acteurs n’ont pas le monopole de la misère professionnelle. Le spectacle pourra ainsi mettre en relief la situation précaire dans laquelle se débattent de nombreux professionnels oeuvrant hors des grandes entreprises ou des grandes institutions, notamment les travailleurs du milieu communautaire. «Il y a des tonnes de boulot qui sont utiles mais qui ne sont pas rentables, remarque Fecteau, et dont la raison d’être doit continuellement être défendue. Quand on travaille dans le monde des idées, qu’on est idéalistes, on se retrouve à vivre ce problème. Mais le milieu théâtral n’a pas non plus le monopole du temps supplémentaire obligatoire mal payé: pensons au monde de la santé.»

N’empêche, rares sont les commentateurs qui osent remettre en question la pertinence de ces secteurs d’activité aussi virulemment qu’ils le font au sujet du théâtre, une forme d’art qui, bon an mal an, peine à affirmer sa place dans le monde et à attirer de nouveaux publics. «On peut pas s’empêcher,  dit Fecteau, d’écouter ceux qui pensent qu’on consacre notre vie à quelque chose de futile. Et de s’en attrister.»

Le théâtre aurait sans doute besoin de prendre un bain de foule, de se rapprocher du «vrai monde». C’est en partie pour cette raison, mais aussi pour faire écho à la précarité financière dénoncée dans le spectacle, que la troupe du No Show installe ses tentes et son ambiance de camping urbain sur l’Esplanade de la Place des arts pendant toute la durée des représentations. Pas d’argent pour se payer une chambre d’hotel? Une excellente raison d’assurer «une présence dans la ville, directement sur le bitume.» «C’est aussi, précise Alexandre Fecteau, un clin d’œil au mouvement Occupy, dont les préoccupations sont très proches des nôtres.»

À la 5e salle de la Place des Arts le 22 mai en ouverture du FTA, puis les 3,4 et 5 juin

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