Scotstown s'anglicise au Zoofest
Zoofest 2014

Scotstown s’anglicise au Zoofest

Comment traduire en anglais les répliques d’un personnage du Québec profond, dans une pièce qui tire une grande partie de son propos dans une langue vernaculaire pleine de régionalismes? David Laurin a tenté le coup en traduisant Scotstown, de Fabien Cloutier, que le comédien Hubert Proulx livre avec aplomb au Zoofest.

Scotstown, c’est la première pièce d’une trilogie de Fabien Cloutier (dont la troisième partie se fait encore attendre) mettant en scène L’chum à Chabot, personnage pittoresque dont la parole sans compromis et sans fioritures peut heurter quelques oreilles sensibles. C’est aussi le texte qui a révélé Fabien Cloutier et qui a fait de lui l’un des auteurs dramatiques québécois importants du moment, à cause de sa capacité à cerner l’âme populaire à travers ce personnage attachant mais porteur, malgré lui, d’homophobie, de xénophobie et de misogynie. Un cocktail explosif, mais hélas ordinaire, rencontré au quotidien dans les rues de Scotstown comme dans celles de Montréal, et plus que jamais révélé lors des récentes consultations publiques sur le projet de Charte de la laïcité.

Des chums à Chabot, toutefois, on en rencontre partout en Occident. Ils ne portent pas toujours un t-shirt de Megadeth et ne connaissent pas exactement la même réalité rurale. Quand ils veulent fêter Noël, ils ne partent pas pour Montréal pour «fourrer des grosses» ou se bourrer la gueule dans une taverne d’Hochelaga. Ils ne se sont peut-être jamais battus avec un mastodonte russe en visite dans leur village. Mais ils vivent dans les mêmes horizons restreints, sont pétris de la même bonhomie et de la même ignorance de l’autre. C’est bien pour cette raison que l’idée de traduire cette pièce en anglais est brillante. Même si la tâche n’a sans doute pas été simple pour David Laurin, qui s’en tire honorablement.

Le texte en français était désopilant. La version anglaise, certes drôle, ne peut pas lui arriver à la cheville. On a beau chercher dans les américanismes, dans le slang écossais ou dans la langue vernaculaire britannique, rien ne peut ressembler à l’écriture de Fabien Cloutier. Ce n’est pas qu’elle soit agrémentée d’expressions intraduisibles; plutôt que ses multiples contractions et tournures oralisantes lui donnent un rythme difficile à reproduire dans la langue de Shakespeare. Il faut en faire son deuil – du moins c’est le choix qui a été fait ici, au profit d’une langue anglaise certes crue et frontale, mais relativement nettoyée, ou en quelque sorte syntaxiquement normalisée. L’objectif est clairement d’en faire un texte qui pourra davantage voyager, être entendu par des oreilles anglophones d’origines diverses. Ça se défend.

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Et le plaisir du récit, où s’enchaînent des péripéties peu catholiques racontées dans une langue tout aussi insolente, demeure intouché. «I hear someone coming into the restrooms  / And I see that massive red costume through the door crack / I’m like «Well, Santa sure needs to piss all that water» / Hell, no / He walks up to the stall / I can hear him groan like he has asthma / He gets closer to the crack / He’s spying on me, motherfucker / And he says «Want me to wipe your ass?»

Pour conserver une couleur locale, d’ailleurs, la traduction n’a pas transformé le personnage en Américain ou en Canadian: c’est toujours ce bon vieux chum à Chabot, qui parle anglais avec un accent et laisse tomber à l’occasion un Tabarnak bien senti. Le comédien Hubert Proulx, encore un peu essoufflé le soir de la première au Zoofest, campe le personnage avec aplomb et avec un grand sens du récit, comme le faisait Fabien Cloutier lui-même. Mais il le fait davantage pencher du côté du drame, se montrant plus attendri que son prédécesseur dans les scènes les plus sordides. Il a néanmoins la dégaine de rockeur du dimanche que commande ce rôle de gaillard mal dégrossi, de même que l’hyperactivité et l’aggressivité du personnage ainsi que son assurance légendaire.

Cette version anglaise met aussi davantage en relief les emprunts au fantastique et à l’imaginaire du conte traditionnel qui se glissent subrepticement dans les histoires du chum à Chabot. C’est ainsi la subtile intertextualité de Scotstown, et son inscription dans une tradition narrative bien québécoise, qui fleuriront aux oreilles des spectateurs anglophones. Et c’est une bien bonne chose.

À l’affiche au Théâtre La Chapelle les 20 et 25 juillet à 19h et le 29 juillet à 20h30

 

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