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Ginette Laurin / Soif : L'art du déclenchement
Scène

Ginette Laurin / Soif : L’art du déclenchement

Célébrant trente années de création avec une nouvelle pièce intitulée Soif, Ginette Laurin poursuit un travail sur les mécanismes de la rencontre et sur l’impulsion des interactions humaines.

Les danseurs d’O Vertigo entrent en scène et se meuvent sur des musiques inspirées d’Apartment House 1776, une œuvre dans laquelle John Cage déconstruisait des morceaux du folklore américain. La trame sonore de Michel F. Côté, qui ajoute des nappes d’électroacoustique à la divine musique de Cage, est toute désignée pour accompagner les explorations du vivre-ensemble auxquelles se consacre depuis plusieurs années Ginette Laurin. À travers une danse qui enchâsse les moments de groupe et les séquences d’introspection, décortiquant les mécanismes d’interaction humaine comme les désordres d’une individualité dévorante, la chorégraphe a développé un langage singulier.

Sa compagnie souffle 30 bougies cette année. Et Ginette Laurin est restée fidèle, pendant tout ce temps, à la notion de déséquilibre qui a fondé son travail chorégraphique. «Le vertigo, c’est une maladie nerveuse de cheval qui porte à des tournoiements et à des mouvements désordonnés. Ça illustre vraiment bien mon travail. Le corps est mon outil depuis 40 ans et je sens que je n’ai vraiment pas encore fait le tour de cette esthétique.»

Soif poursuit donc un travail sur la recherche du sens commun, à travers des mouvements de groupe et des interactions souvent brutalement freinées dans leur traversée de l’espace. La soif de l’autre est au cœur de cette nouvelle pièce, mais également la soif d’une immédiateté et d’une intensité de l’existence. «J’ai voulu travailler, dit la chorégraphe, sur une forme de gestuelle qui accentue l’attaque, l’amorce, l’impulsion du mouvement. Pour moi c’est une façon d’illustrer la soif de se projeter, la soif d’aller vers l’avant. C’est aussi une manière de montrer le désir, désir de l’autre mais aussi désir de se réaliser. Il y a donc des moments contemplatifs, où l’individu se détache du groupe pour être dans un rapport plus intime avec lui-même et, peut-être, dans une certaine communication avec l’au-delà, de manière plus aérienne, dans un certain rapport au sacré.»

Attirés par le sol puis par les cieux, agrippés à l’autre comme si leur survie en dépendait ou tournoyant dans un ballet de couples qui se forment et se déforment, les danseurs de Soif sont aussi par moments habités d’une gestuelle quotidienne, qui peut évoquer la répétitivité du travail ouvrier. «On a travaillé par improvisations, explique Ginette Laurin, à partir de l’idée d’un corps dont les articulations sont tirées par des cordes, manipulées par une force extérieure. On crée par là une certaine mécanisation du mouvement, de manière asymétrique. C’est comme ça qu’on a inventé des phrases gestuelles inspirées d’actions quotidiennes, dont les danseurs reproduisent surtout l’impulsion, le mouvement initial.»

Même si on reconnaîtra dans ces figures des référents précis, la chorégraphe ne cherche aucune narrativité et ne revendique pas de propos social. «J’ai voulu que ce soit une pièce éminemment poétique. Faut que ça touche au cœur. Ce spectacle est avant tout pulsionnel.»

Du 2 au 4 octobre au Théâtre Maisonneuve, dans le cadre de la saison Danse Danse