Antoine Laprise / Guerre et paix : Pas peur de Tolstoï
Scène

Antoine Laprise / Guerre et paix : Pas peur de Tolstoï

Vous pensiez qu’après avoir adapté la Bible et Le discours de la méthode, Antoine Laprise allait calmer son ambition? Détrompez-vous. Avec une armée de marionnettes, il s’apprête à synthétiser en un seul spectacle les 2000 pages de Guerre et paix, de Tolstoï.

Penser à adapter Guerre et paix, c’est presque une hérésie, tant l’œuvre est multiple. Mais rien ne fait peur à Antoine Laprise, un grand esprit mais surtout un esprit libre, qui ne s’embarrasse jamais de trop d’académisme. «J’ai l’impression que le théâtre de marionnettes et le personnage de Loup bleu, qui agit comme narrateur de tous nos spectacles, nous donnent la liberté de transgresser la forme romanesque. Loup bleu est un "passeur de civilisation", quelqu’un qui ouvre le chemin dans les grandes œuvres. Je ne me donne pas la mission de rendre Guerre et paix digeste et comestible sur scène dans son entièreté; je me donne la mission de débroussailler un certain trajet. Avec la curiosité qui s’impose et avec un regard qui embrasse large, mais avec ludisme.» 

On le reconnaît bien là, ce Laprise, dont le personnage de Loup bleu est son double fantaisiste et moqueur. Pour apprivoiser le monstre, il s’est adjoint les services de l’auteur Louis-Dominique Lavigne, avec qui il n’a pas hésité à charcuter le récit. Car Guerre et paix, qui raconte les tribulations de trois familles dans une Russie menacée d’invasion par Napoléon, entrecroise non seulement trois lignes narratives mais flirte aussi avec l’essai, exposant les théories de Tolstoï sur la guerre et sur l’histoire, dans une forme de déterminisme qui nie l’importance des grandes figures historiques. 

«Il a fallu faire des choix drastiques, explique Laprise. On s’est amusés à synthétiser au maximum, à flirter avec des formes courtes pour aborder une œuvre longue et dense. On a ramené l’immense structure à trois dimensions narratives jusqu’à un point central condensé, qu’on a ensuite dilué. On a pris le personnage de Pierre Bezoukhov comme fil conducteur. Autour de lui gravitent André et Natacha. Finalement, rigole-t-il, ça se résume à l’amitié entre deux hommes et à leur amour pour une femme!»

N’empêche, Loup bleu ne réduit jamais autant la pensée à sa plus simple expression. Des théories de Tolstoï, il s’en soucie dans la mesure où elles sont porteuses d’une analyse du monde par causalité, par enchaînement d’événements qui font les grands mouvements de l’humanité. «Ça le fait aussi s’interroger sur la vérité historique. Mais je pense, poursuit Antoine Laprise, que ce spectacle tente avant tout de retrouver ce que pouvait être la noblesse de la Russie à cette époque-là, avec son histoire riche et l’importance qu’elle a eue dans la construction des civilisations modernes. De nos jours, avec ce qui se passe entre la Russie et l’Ukraine, avec le sombre personnage qu’est Vladimir Poutine, on a tendance à diaboliser la Russie, mais n’oublions pas comment elle fut respectable dans l’Histoire.»

Pour y faire écho, les marionnettes ont été conçues, semble-t-il, dans un souci d’élégance et de dignité. Habitué au mélange des genres et à une sorte de folie baroque, le Théâtre du Sous-marin jaune cherche ici à représenter l’immensité de l’œuvre à travers une plus grande uniformité esthétique. Voilà qui est intrigant…

Du 28 octobre au 22 novembre à La Bordée

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