Evelyne de la Chenelière / Lumières, lumières, lumières : Flux de conscience
Scène

Evelyne de la Chenelière / Lumières, lumières, lumières : Flux de conscience

Pour sa première collaboration avec Denis MarleauEvelyne de la Chenelière navigue dans l’œuvre de Virginia Woolf en adaptant le roman Vers le phare sous le titre Lumières, lumières, lumières.

À observer le travail récent d’Evelyne de la Chenelière, dans lequel des personnages confondent le temps et l’espace (La concordance des temps) ou revisitent un passé chargé au contact de la mort (Une vie pour deux), on ne s’étonne pas de la voir arpenter aujourd’hui l’œuvre de Virginia Woolf. Dans Vers le phare, roman certes peuplé de nombreux personnages, ce ne sont pas les présences charnelles qui marquent le lecteur, mais bien les pensées profondes, les perceptions variées du réel, la conscience de soi et du monde, telles qu’elles se matérialisent par l’écriture. Toutes des obsessions d’Evelyne de la Chenelière, qui crée de plus en plus un théâtre mental et introspectif, quand elle n’invente pas un théâtre qui, dans le même esprit, remet en question le langage et la parole.

Le roman, tout en travaillant la méthode du «flux de conscience», enchaîne deux postures narratives et une multiplicité de regards. C’est en partie ce qui anime l’auteure dramatique. «Virginia Woolf, explique-t-elle, a fait le pari de transformer les perceptions et les sensations en événements. Plutôt que de raconter les faits, elle raconte la pensée et en fait l’événement de son écriture.»

Paru en 1927, ce roman polyphonique expose la vie d’une famille réunie aux abords de la mer écossaise, dans une maison de laquelle on voit poindre la lumière d’un phare au loin (objet de convoitise chez le petit James). Mais Evelyne de la Chenelière s’est concentrée sur les personnages de Madame Ramsay et de Lily Briscoe, qu’elle dit vouloir «mettre en tension sur une scène de théâtre».

«Elles représentent une dualité entre une vision de la vie concrète (Madame Ramsay qui tient maisonnée) et artistique (Lily l’artiste en quête d’indépendance). Mais c’est riche et complexe parce que ce ne sont pas des archétypes si tranchés: ces deux femmes sont aussi le miroir l’une de l’autre dans leur manière de vouloir maîtriser le réel.»

Roman traversé par les notions d’absence et de mémoire, Vers le phare a évidemment inspiré un travail théâtral sur la temporalité. «La question du temps a été maîtresse dans le travail. J’aborde bien sûr l’idée de la recherche du temps perdu. Mais j’ai aussi voulu que ces personnages s’emparent du temps en variant les temps de conjugaison pour nommer leur façon de percevoir le réel. La première partie se déroule au présent de l’indicatif, la deuxième au futur antérieur et la dernière au conditionnel. La notion du temps n’est donc pas seulement philosophique, elle est incarnée par la forme même de la parole, qui permet aux personnages de manipuler consciemment la temporalité.»

Le metteur en scène Denis Marleau et sa complice Stéphanie Jasmin, en compagnie des comédiennes Anne-Marie Cadieux et Evelyne Rompré, sont chargés de matérialiser cette spatiotemporalité particulière. Pendant ce temps, dans le hall, l’auteure souligne les débuts d’une résidence de trois ans à l’Espace GO en envahissant l’un des murs du théâtre avec un work-in-progress littéraire sur le thème du recommencement. Et tout cela est rempli de promesses.

Du 11 novembre au 6 décembre à l’Espace GO

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