Christian Essiambre – Le long voyage de Pierre-Guy B. : Aux limites de l'anticonformisme
Scène

Christian Essiambre – Le long voyage de Pierre-Guy B. : Aux limites de l’anticonformisme

Une vie nomade et anticonformiste est-elle une vie vraiment libre et authentique? Dans Le long voyage de Pierre-Guy B., Christian Essiambre et Philippe Soldevilla invitent sur scène le percussionniste Pierre Guy Blanchard pour poursuivre un cycle de spectacles sur le déracinement et poser les vraies questions.

Il y a quelques années, Christian Essiambre ne se doutait pas qu’un spectacle racontant sa vie entre McKendrick, Québec et Montréal, à faire de son mieux pour bâtir une carrière d’acteur tout en gardant intactes ses relations familiales, allait être vu des centaines de fois, partout au pays, pendant cinq ans. C’était Les trois exils de Christian E., pièce flirtant autant avec le conte qu’avec un jeu physique agile, qui racontait les apprivoisements successifs de son identité changeante, au gré des petits exils. Touches d’humour, anecdotes savoureuses et crises existentielles se conjuguaient dans ce spectacle rythmé et sans prétention, que le coauteur et metteur en scène Philippe Soldevila a toujours envisagé comme le premier morceau d’une trilogie.

Voici donc le deuxième volet, dans lequel un Christian Essiambre mieux établi dans son métier de comédien, et maintenant père de famille, croise la route d’un vieil ami bourlingueur, revenu s’installer dans sa petite maison de Charlo, au Nouveau-Brunswick, après des années à faire de la musique partout dans le monde, sans la moindre attache ni le moindre sentiment d’obéissance aux sirènes de la vie lucrative à l’occidentale. C’est le choc.

«On rêve tous de mener cette vie nomade, dit Christian Essiambre, remplie de découvertes et de rencontres, et surtout d’un grand sentiment de liberté. En tout cas, ce fut mon cas. Or je suis devenu comédien et je participe à des projets artistiques stimulants, mais j’ai aussi eu des enfants, puis je me suis à jouer à la télé, à faire de la pub: ma liberté personnelle est maintenant plus circonscrite que celle de Pierre Guy, qui a fait des choix lui permettant de demeurer un électron libre. C’est donc un spectacle sur les choix de vie et sur la capacité, ou non, de vivre sans compromis, en accord complet avec soi.»

Percussionniste de talent, et surtout créateur éclectique ayant inventé de nombreux instruments, Pierre Guy Blanchard a beaucoup fréquenté Istanbul et Beyrouth, mais aussi l’Asie et l’Europe. Plus le spectacle avance, toutefois, et plus on s’aperçoit que malgré cette vie sans entraves, il vit aussi une désorientation profonde. En revenant s’installer en Acadie, où il renoue avec sa famille et ses racines mais tente de continuer à résister à l’appel de la société conformiste, il se retrouve parfois devant le vide.

«Le spectacle, poursuit Christian Essiambre, se veut une réflexion sur les implications de ce mode de vie nomade en relation avec celui, plus conforme à la vie américaine moyenne, que je vis moi-même. Pierre Guy est un homme à la recherche de la liberté pure. Mais est-ce la clé du bonheur? C’est ça la grande question. Et lequel de nous deux vit le mieux, est le plus en paix avec soi-même? On est tous les deux en pleine crise existentielle.»

Bref, le fait de se déplacer constamment ne change pas le sentiment de ne pas être au bon endroit. Le long voyage de Pierre-Guy B. est ainsi un voyage à l’intérieur de lui-même: un retour dans le passé familial, lequel sert à mieux comprendre le désarroi du présent et le besoin de se déraciner. «Pierre Guy est aussi un passionné de l’histoire d’Acadie, notamment la bataille de Restigouche, qu’il met en parallèle avec sa propre histoire.» Le tout est parsemé de musique et d’apparitions de personnages pittoresques, évidemment!

Du 10 au 28 février 2015 au Théâtre Périscope

REPRÉSENTATIONS MONTRÉALAISES : du 19 janvier au 6 février 2016 au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui

À voir également : Les trois exils de Christian E., les 30 janvier et 6 février 2016