Salvatore Calcagno / La Vecchia Vacca : Mères couveuses
Scène

Salvatore Calcagno / La Vecchia Vacca : Mères couveuses

Complexe d’Œdipe étouffant ou puissante ode à la figure maternelle? Avec La Vecchia Vacca, le metteur en scène belge d’origine italienne Salvatore Calcagno navigue entre différentes visions fantasmées de la mère. Son sens plastique a enflammé la critique bruxelloise.

Les femmes ont peuplé son enfance. Sa mère, d’abord, mais aussi ses tantes, omniprésentes, qui l’ont autant encombré que comblé. Salvatore Calcagno a maintenant quitté son Italie natale et entamé une carrière brillante de metteur en scène à Bruxelles (sa pièce Le garçon de la piscine y a aussi enchanté public et critique), mais le souvenir de ces femmes fortes ne le quitte plus. Au Théâtre La Chapelle, on découvrira la manière visuellement soignée avec laquelle il a choisi de cristalliser le souvenir de ces figures maternelles insistantes, entourant un personnage de jeune homme qui passera douloureusement de l’enfant «surcouvé» à l’amant dérouté.

«Je travaille à partir du souvenir, dit-il, mais tout est extrêmement sublimé. Au départ, il y a moi dans une cuisine en Sicile, avec une dizaine de tantes autour de moi, qui me font manger, m’empêchent de sortir parce que c’est dangereux, me surprotègent. Mais ce sont aussi, pour moi, des femmes idéales dans un foyer où la figure paternelle est presque inexistante, ou castrée. Ces femmes imposent, à leur manière, un système de valeurs précis – c’est ainsi qu’elles accomplissent leur devoir de mère. Je travaille le rapport de ces femmes avec leur fils qui devient aussi mari, amant: il y a un jeu de projections entre le passé de l’enfant et le présent de l’adulte et ses relations avec les femmes.»

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Crédit Michel Boermans

Suite de tableaux vivants à l’esthétisme sophistiqué, La Vecchia Vacca (La vieille vache) enchaîne les scènes où ces femmes, «monstres sublimés», fraient avec le tragique et le mythique. «Mon travail de metteur en scène se concentre surtout sur le corps des comédiens, explique Calcagno. Je fais ce qu’on appelle communément du théâtre, mais je pense que je chorégraphie les corps d’une manière qui se rapproche de la danse. Il s’agit de prendre ce qui est banal, quotidien, domestique, et de le transcender par le travail du corps, mais aussi par la lumière et le costume. C’est dans le banal que je trouve la beauté, la faille, la blessure.»

Parfois comparé à Fellini, dont il dit souhaiter cultiver la «folie», ou à Pasolini, avec lequel il sent une parenté dans la «volonté de poétiser les corps», Calcagno est aussi connu pour flirter avec le kitsch et avec des références à la télévision italienne. «Le kitsch, dit-il, est partie intégrante des personnages que je mets en scène. Pour elles, une robe à paillettes n’est pas kitsch: elle représente le succès, le glamour, la réussite.» Bercée par les musiques des émissions de télévision de l’enfance du dramaturge, sa pièce rappelle l’époque de gloire des émissions musicales italiennes et déconstruit cette musique ringarde en la mixant à des sonorités électro bien contemporaines.

Une pièce d’images et d’ambiances, pour dompter enfin le sentiment d’étouffement maternel. 

 

Crédit  Michel Boermans
Crédit Michel Boermans
Au Théâtre La Chapelle du 17 au 21 février, dans le cadre du Focus Wallonnie-Bruxelles

 

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